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« Revolution Grrrl Style Now » ? Eléments de réflexion sur le rôle social des sous-cultures juvéniles contestataires. Le cas des Riot Grrrls

La communauté informelle de jeunes punks féministes appelée Riot Grrrls, surtout active dans les années 1990 aux Etats-Unis, est articulée autour de deux axes idéologiques : d'une part une revendication féministe « troisième vague » avec un accent mis sur la volonté de réhabiliter le statut des jeunes filles,d'autre part, une obédience à « l'esth-éthique » Do-It-Yourself qui tente de développer un mode de vie alternatif à la société consumériste...

... Il s’agit d’un courant dont le caractère contestataire est revendiqué et assumé. Mais il apparaît que ce désir de contrevenir à l’ordre dominant et ce discours révolutionnaire sont souvent mis en contrepoint avec une sorte de méta discours bien moins positiviste. Les jeunes femmes font régulièrement montre, d’une part, d’une nette conscience des limites intrinsèques à une telle forme de mobilisation. D’autre part, on sent poindre de manière récurrente un certain pessimisme latent, lié au pressentiment du caractère éminemment ardu que revêt la conceptualisation d’un projet de vie alternatif, tandis que l’appareil capitaliste est constamment naturalisé. Pressentiment aussi que le concept même de révolution n’est que le fantôme d’une véritable possibilité de subversion de l’ordre dominant. A travers la considération du cas des Riot Grrrls, nous souhaitons interroger plus globalement le sens que peuvent donner les insiders à leurs pratiques, sur l’objectif vers lequel peut tendre une sous-culture contestataire et sur les moyens qui peuvent lui permettre de l’atteindre.

Mots clés : Riot Grrrl ; Jeunesse ; Sous-culture contestataire ; Etats-Unis.

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Manon Labry

Doctorante en philosophie du droit
Groupe de recherche Cultures Anglo-Saxonnes (CAS)

Université Toulouse II Le Mirail

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« Revolution Grrrl Style Now » ? Eléments de réflexion sur le rôle social des sous-cultures juvéniles contestataires.
Le cas des Riot Grrrls.

 

Nous souhaitons aborder ici, dans le cadre de la réflexion menée sur le thème jeunesses et mobilisations, le cas de la sous-culture (au sens du terme anglais subculture) (1) punk féministe américaine appelée Riot Grrrl. Plus précisément, nous souhaitons nous servir de cet exemple comme d'une porte d'entrée, pour tenter d'envisager quel peut être le ou l'un des rôles sociaux des mobilisations juvéniles d'une manière plus générale. En d'autres termes, il s'agirait d'utiliser ce mouvement contestataire comme un sésame pour déboucher sur l'épineuse question de l'objectif et des moyens d'action des entreprises contre-culturelles, une question qui occupe une place importante dans le champ des cultural studies, notamment depuis les travaux des chercheurs de l'Ecole de Birmingham. (2)  Quel sens donner à une sous-culture protestataire, et de quel(s) sens ses acteurs peuvent-ils investir leurs pratiques? Vers quoi peut tendre la démarche contre-culturelle ?N'est-elle vouée qu'à demeurer contre-culturelle ? Ne constitue-t-elle pas l'une des nécessaires soupapes de sécurité consenties par l'ordre dominant pour asseoir son autorité, comme ont pu l'être jadis les réjouissances carnavalesques médiévales en France, par exemple? (3)

Bien que nous fassions mention, en certaines occurrences,des manifestations épigones actuelles du phénomène Riot Grrrl, nous avons choisi de nous pencher plus spécifiquement sur son expression originelle du début des années 1990. Ce recul temporel nous permettra en effet de dégager plus aisément des éléments de cohésion, une cohésion d'autant plus difficile à établir que, comme nous le verrons, les jeunes femmes cultivent une sorte de «volatilisation» de leur mouvement. C'est après une première partie nécessairement descriptive des faits que nous aborderons les choses de manière plus théorique pour réfléchir aux questionnements évoqués.

Le mouvement Riot Grrrl (4)  est né aux Etats-Unis au tout début des années 90, d'abord à Olympia, dans l'état de Washington, et dans la ville de Washington (DC), puis s'est disséminé dans tout le continent Nord-Américain et en Europe. Dans un contexte où la scène punk américaine, dominée par la tendance hard core, (5)  était devenue très violente et très masculine, (6)  un petit groupe de jeunes femmes (la moyenne d'âge des Riot Grrrls se situe alors approximativement entre 15 et 25 ans) décide de se mobiliser pour faire entendre sa voix et gagner un peu de visibilité.

Le groupe des Riot Grrrls se cimente progressivement autour d'une production musicale punk indépendante, mais aussi d'une production littéraire abondante, prenant la forme de fanzines, petits magazines amateurs qui contribuent à développer une sorte de réseau underground à l'écart des médias de masse, et enfin par l'organisation de réunions régulières non-mixtes fonctionnant à la manière des groupes de conscience féministes des années 70. En août 1991, un festival fédère un peu plus le mouvement, et commence à lui donner davantage de visibilité. Malgré les réticences des jeunes femmes, les médias de masse commencent à s'emparer du phénomène, et diffusent les idées Riot Grrrls à plus grande échelle. A partir de ce moment-là, des collectifs se créent dans plusieurs villes des Etats-Unis et les idées des Riot Grrrls s'exportent vers l'Angleterre.

Ce mouvement peut pour ainsi dire être qualifié de contre-culturel « au carré », puisque d'une part il s'inscrit globalement dans la mouvance de la culture punk et adhère donc à des idéaux anticapitalistes, mais que d'autre part il se construit également en réaction à cette même scène punk, devenue bien trop sexiste aux yeux de ces jeunes féministes.

Cette communauté relativement informelle de jeunes punks féministes, qui continue d'exister aujourd'hui bien qu'elle ne soit plus fédérée sous le nom de Riot Grrrls, (7) est donc articulée autour de deux axes idéologiques : d'une part une revendication féministe dite « troisième vague » avec un accent mis sur la volonté de réhabiliter le statut des jeunes filles,  d'autre part une obédience à « l'esth-éthique »Do-It-Yourself qui tente de développer un mode de vie alternatif à la société consumériste et de spectacle. Allison Wolfe, chanteuse du groupe Bratmobile, (8)  indique ainsi :

«We just felt like it was important to speak out and haveour own voices heard, [...] and, just have a creative outlet [...]. But I meanI think it was very important for us to maybe politically, to be feminists, tohave our lyrics and our identities, to be progressive and feminist. But also tosort of challenge ideals of professionalism in music, and also to challengemainstream, like a kind of corporate America in a way, like, to create ourown... I don't know what to use, to take over the means of production to createyour own... entertainment, your own culture, to be a part, a participant increating your own culture and entertainment. » (9)

Il semble ici opportun de préciser que l'aspect juvénile de la mobilisation des Riot Grrrls est clairement assumé, voire même revendiqué par ces dernières. En cela leur positionnement est peut-être d'ailleurs atypique par rapport aux positions tenues traditionnellement par les protagonistes des sous-cultures de jeunes, plus volontiers décrites comme telles par les « outsiders », pour reprendre le vocabulaire d'Howard Becker,que par les « insiders ». Dans bon nombre de témoignages des protagonistes du mouvement Riot Grrrl, on trouve l'intention de développer un féminisme qui répondrait davantage aux attentes que pourrait manifester un public jeune,d'extraire le féminisme de son contexte jugé trop académique, et d'en exprimer une facette dans le domaine culturel. Ainsi par exemple, Corin Tucker (chanteuse-guitariste dans Heavens to Betsy) affirme :

« The whole point of Riot Grrrl is that we were able torewrite feminism for the twenty first century...For teenagers there wasn't anyreal access to feminism. It was written in a language that was very academic,that was inaccessible to young women. And we took these ideas and rewrote themin our own vernacular. » (Monem, 27) (10)

Elles souhaitent occuper une place visible dans la sphère artistique afin de rendre accessible une forme de féminisme qui pourrait être qualifiée d'introductive. Il s'agit, en définitive, de donner une possibilité à une certaine frange de la population américaine de se rendre compte que le «personnel est politique» et d'inciter les jeunes femmes à communiquer et à s'associer entre elles.

Par ailleurs, ainsi que nous l'avons dit et comme le souligne Wolfe dans l'extrait cité plus haut, l'autre caractéristique centrale de la culture Riot Grrrl réside dans son inscription dans une tradition punk Do-It-Yourself, et leurs revendications féministes sont doublées d'une mise en cause virulente de la société capitaliste et de spectacle. C'est dans cette perspective que les Riot Grrrls tiennent à ce que la diffusion de leurs productions, notamment musicales, reste à l'écart des réseaux de communication de masse, et qu'elles ont donc exclusivement recours à des petits labels indépendants. C'est dans cette perspective également qu'elles encouragent toutes les jeunes filles à l'action et à la création, en contestant la précellence du produit sur le processus. Leur slogan Revolution Grrrl Style now! reflète d'ailleurs bien ce double positionnement et témoigne des visées séditieuses anticapitalistes des jeunes femmes.

Néanmoins, et pour entrer dans le vif du sujet, si cet idéal révolutionnaire est clairement revendiqué et assumé, il n'en est pas moins assorti d'une réflexion sur la validité et l'éventuelle efficace de leurs pratiques,et sur le concept de contre-culture de manière générale. Dans la plupart des productions des Riot Grrrls, le méta-discours fait en effet au moins jeu égal avec le discours, mettant des considérations nettement plus circonspectes en contrepoint d'élans insurrectionnels passionnés. Ces réflexions, qui constituent à part entière une facette de cette sous-culture et en modèlent la structure même, portent essentiellement sur trois points. D'une part, la conscience des limites intrinsèques à une telle forme de mobilisation, dont les Riot Grrrls savent pertinemment que celle-ci fonctionne à certains égards en interdépendance étroite avec le système qu'elles dénoncent. D'autre part, on sent poindre de manière récurrente un certain pessimisme latent, lié au pressentiment du caractère éminemment ardu que revêt la conceptualisation d'un projet de vie alternatif, tandis que l'appareil capitaliste est si constamment naturalisé. Pressentiment également que le concept même de révolution n'est devenu que le fantôme d'une véritable possibilité de subversion de l'ordre dominant, agité régulièrement afin que d'autres éventualités ne soient pas envisagées. Avant de dégager de nouvelles pistes de réflexion pour tenter de nourrir l'épineux débat du rôle social des phénomènes contre-culturels, il semble nécessaire d'envisager la manière dont les Riot Grrrls elles-mêmes problématisent la question et tentent de construire de nouvelles tactiques de résistance. (11)

Nous l'avons dit, les jeunes femmes reconnaissent que dans une certaine mesure et malgré leurs convictions, elles sont bien évidemment contraintes de composer avec la société dominante. Compte tenu du fait que leur souhait est expansionniste et qu'il s'agit de disséminer leurs idées à plus grande échelle, il semble délicat de compter sans les moyens de diffusion à grande échelle eux aussi. Sarah Thornton, dans son livre Club Cultures : Music, Media, and Subcultural Capital s'est attachée à analyser le rôle des médias dans la construction et le développement des sous-cultures, en relativisant largement la dichotomie du «nous-contre-eux » jusqu'alors fréquemment établie dans les travaux sur le sujet. Elle affirme que les médias, loin d'être exclusivement dommageables à tout phénomène sous-culturel sont, au contraire, un élément fondamental pour les structurer et les cimenter. Distinguant trois sortes de médias différentes, elle justifie ainsi son propos :

« Local micro-media like flyers and listings are means bywhich club organizers bring the crowd together. Niche media like the musicpress contruct subcultures as much as they document them. National mass media,such as the tabloids, develop youth movements as much as they distort them. »(Thornton 117) (12)

De manière similaire, si les Riot Grrrls reconnaissent dansl es médias l'un des murs porteurs du capitalisme et de la domination masculine,et sont au fait de la propension de ceux-ci à la récupération des mouvements contre-culturels, elles ne minimisent pas moins l'opportunité qui s'offre à elles de diffuser leurs idées. Ainsi, lorsque leurs pratiques commencent à attirer l'attention des journalistes, leur réaction première est de tenter d'envisager les médias d'un point de vue purement utilitaire pour ainsi dire.La meilleure illustration que l'on puisse donner de cela réside dans la première interview qu'accorde au LA Weekly, en 1992, Kathleen Hanna,immédiatement érigée, malgré ses dénégations, en figure de proue du mouvement.Elle y déclare que des collectifs Riot Grrrls existent dans plusieurs grandes villes des Etats-Unis. Elle explique à Andrea Juno, qui a publié un livre d'interviews de femmes musiciennes féministes :

« I lied and said there were Riot Grrrls all over thecountry, and named six or eight cities where Riot Grrrl chapters were. It was alie; none of them existed at the time. » (Juno 99) (13)

Elle poursuit en indiquant que ses propos se sont finalement avérés en quelque sorte performatifs, puisqu'au bout d'un an, des collectifs se sont effectivement constitués :

« I guess I figured that girls would go looking for it andwouldn't find it, so because they'd be frustrated, they'd do something about it- create it themselves. And a lot of'em did create stuff for themselves [...]maybe we can lie things into existence. » (Juno 100) (14)

Par la suite, comme le souligne Marion Leonard dans un article consacré à la question, les jeunes femmes n'auront de cesse de réajuster leur positionnement à l'égard de la presse à grand tirage en tenant compte de la manière dont elles y étaient représentées. Elle affirme :

« Those involved in riot grrrl showed an awareness of the danger of being co-opted by the niche and mass media and translated into a new trend to be celebrated and then discarded. However, participants did not adopta straight forward oppositional stance to all media attention, recognizing the benefits to be derived from new publicity [...] Riot Grrrls continually adjusted their stance in response to differing media reports. As riot grrrlsbecame renowned for writing words such as "whore" on their bodies, one Americangirl responded by writing "media scam property" on her torso and arms. »(Whiteley 245) (15)

Le dernier des réajustements qu'elles feront consistera àdéclarer un media blackout en 1993 et à refuser, dès lors, d'accorder desentretiens aux médias de masse, d'une part parce que leur mot d'ordre est à leurs yeux suffisamment lancé, d'autre part parce qu'elles sont lasses deconsacrer trop d'énergie à ces questions.

Concomitamment, ainsi qu'a encore pu l'observer Marion Leonard, (16)  les jeunes femmes se servent de la contradiction comme d'un outil pour se prémunir de l'habituel mécanisme d'étiquetage et, par suite, de contention des cultures contestataires. DickHebdige, dans son ouvrage fondateur sur le phénomène sous-culturel, affirme en effet que l'un des puissants moyens que le système dominant met en oeuvre pourconserver son autorité et invalider les potentialités subversives contre-culturelles réside dans la réintégration de ces dernières dans la logique dominante. Pour ce faire, un processus de normalisation en tant qu'Autre, notamment via les médias, est opéré, et les entreprises subversives contre-culturelles sont reléguées au rang d'exception qui confirme la règle. Il explique ainsi :

« Comme le signale Stuart Hall (1977), la télévision et lapresse ne se contentent pas d'enregistrer les résistances culturelles, « ellesles réinscrivent dans la configuration de sens dominante. » » (Hebdige, 1998) (17)

C'est selon lui par ce biais que ce qu'il nomme après Gramsci « l'hégémonie » peut perdurer. Ainsi dit-il ailleurs :

« Le terme « hégémonie » désigne une situation dans laquelle une alliance provisoire entre certains secteurs sociaux est à même d'exercer une « autorité sociale totale » sur des groupes subalternes, et ce non pas tant en ayant recours à la coercition ou à l'imposition directe des idées dominantes qu'en « engendrant et en façonnant une forme de consensus telle que le pouvoir des classes dominantes apparaisse tout à la fois comme légitime et naturel » (Hall, 1977). Une telle hégémonie ne peut se maintenir que tant que les classes dominantes « réussissent à reformuler toutes les définitions rivales au sein deleur propre espace de sens » (Hall, 1977). De cette façon, les groupes subalternes seront sinon complètement sous contrôle, du moins contenus au sein d'un espace idéologique dont le caractère idéologique est occulté. » (Hebdige1979).

Le fait d'inciter les jeunes femmes à prendre la parole, à produire leurs propres collectifs et à construire leurs propres visions de ce que peut être le mouvement Riot Grrrl s'est, en dernière instance, avéré constituer un bon moyen de contourner ce processus de re-formulation. La multiplicité des manifestes et autres déclarations d'intentions, la diversitédes actions menées dans les différents collectifs a sinon empêché, du moins retardé ces tentatives d'étiquetage par les médias de masse. Les Riot Grrrlsvont même jusqu'à revendiquer la contradiction à un niveau individuel, (18) contradiction dont elles jugent qu'elle reflète la diversité des expériences vécues et la difficulté de se construire une identité dans une société considérée comme aliénante. Mais elles estiment aussi que cette ambivalence individuelle peut aussi aller l'encontre des rouages de la société de spectacle. Ainsi Kathleen Hanna affirme :

« Being a performer, I realize that there's a certain amountof objectification that's going to happen. It's just that I'd rather playaround with the idea of images and roles than fit into a specific one [...] If, as a performer, accept the idea of « image », basically what I'm doing isaccepting objectification of myself and allowing my work to become an easily digestible commodity [...] It seems far more disruptive to incite people [...]to find their own voice instead of just consuming mine. » (Kelly et McDonnell123) (19)

De manière plus générale, la contradiction et la polyphonie reflètent leur refus de se constituer en groupe uniformément contestataire, faisant bloc derrière une déclaration d'intentions unanime. En effet, demanière récurrente, elles invoquent le caractère inefficient des mouvements contre-culturels tels qu'ils sont traditionnellement envisagés. Parmi de nombreux autres, citons l'exemple de Karren qui dans son fanzine Ablaze ! n°10 affirme :

« We are aware of the dialectical nature of protest, whichensures that dissenters are relegated to the role of ‘other', thus playing anecessary supportive role to the mainstream ideology. We refuse to givecredibility to traditional modes of protest. » (20)

Corollaire logique de cette disqualification d'une certaine « tradition » de la contestation, elles invalident également le concept de révolution tel qu'il peut-être entendu généralement. Ainsi peut-on lire dans l'un des innombrables manifestes édités dans les fanzines Riot Grrrl:

«We recognize fantasies of Instant Macho Gun Revolution asimpractical lies meant to keep us simply dreaming instead of becoming ourdreams AND THUS (we) seek to create revolution in our own lives every singleday by envisioning and creating alternatives to the bullshit christiancapitalist way of doing things. » (21)

On touche là l'un des éléments de réponse à la problématique posée plus haut, la question du rôle social que peut jouer la sous-culture et du sens dont ses protagonistes investissent leurs pratiques.

La mise en question du sens qui peut être donné au concept de révolution, et des moyens de mener une lutte efficace transparaît de manière récurrente dans les productions littéraires et musicales des Riot Grrrls, de même que le genre d'assertions que nous venons de citer. Devant le pressentiment de l'inutilité de mener une révolution au sens classique du terme, les jeunes femmes prônent une multitude de révolutions individuelles, menées au quotidien par des biais artistiques notamment, envisagés comme depuissants moyens de libre expression. Ainsi, dans son fanzine, Erika affirme :

«We seek to create revolution in our own lives every singleday by envisionning and creating alternatives to the status quo [...] everytime we pick up a pen, or an instrument or get anything done, we are creatingthe revolution. We are the revolution.» (Epstein, 161) (22)

Ou encore Sarah dans une interview pour le magazine féministe off our backs:

«I want a revolution, but that's too big for me... So I'mgoing to do my own personal revolution. If every girl does her own personalrevolution, we don't need a big one. » (Epstein, 161)

Notons ici que cette vision d'une révolution « au quotidien » par le biais d'une créativité désintéressée envisagée comme une sorte d'interférence dans le système devaleurs dominant n'est pas sans rappeler l'idéologie situationniste. (23)

Au terme de ce rapide survol de certains aspects de la culture Riot Grrrl, il est à présent temps de dégager quelques éléments de réponse au problème que nous avons posé en prolégomènes. (24)

Une partie de la difficulté à analyser le pourquoi de l'adhésion à une contre-culture et le pour quoi de la volonté de la développer, réside à notre sens dans le fait que ses protagonistes la façonnent sous le double coup de, et sur la tension entre, une problématique de soi à soi et une problématique de soi à la société. Cette étroite corrélation rend périlleuse la tâche de l'observateur, qui finit par devoir s'attacher à comprendre, d'une part, comment le personnel devient politique, et d'autre part, ce que peut signifier le politique quand il est le résultat de définitions et de perspectives personnelles. Elle obscurcit également le sens que peut mettre l'insider à sa propre participation à un tel genre de réseau social. Cette double articulation est très nettement perceptible, on a pu le constater, dans le discours des Riot Grrrls, discours qui n'a de cesse d'osciller entre les sphères de l'individuel et celles du collectif.

A un moment de la vie où l'identité est en pleine construction, (25) et où, de ce quel'on peut supputer d'après les témoignages des jeunes filles, des sentiments decolère, d'aliénation et d'amertume prédominent, il paraît naturel et légitimeque l'une des fonctions de la sous-culture soit tout simplement d'occasionnerun mieux-être. Dans chacun des entretiens que nous avons pu mener, les jeunes femmes interrogées ont immanquablement mentionné la volonté de créer un espacede liberté et de sécurité, de même que celle de former une communauté avec des pairs qui partagent, au moins dans les grandes lignes, les mêmes valeurs. Elles font également part du sentiment de puissance que cela a pu générer à un niveau individuel.

Il n'est d'ailleurs pas à exclure que cette dimension individuelle soit pour quelque chose dans l'insuccès jusqu'ici systématique des contre-cultures juvéniles à subvertir les termes de la logique dominante - dont on peut affirmer sans prendre trop de risques qu'elle se fonde assez largement sur le morcellement et l'individualisme. Les sentiments extrêmes, même négatifs, comme ceux qui ont pu pousser les jeunes femmes à construire un réseau affinitaire et donner lieu à des productions et réflexions fructueuses, sont peut-être les seuls à pouvoir s'ériger contre la violence du système dominant qui les a générés. Or sous l'influence d'un groupe lénifiant le mal-être identitaire, ceux-ci ne peuvent que s'émousser et ce d'autant plus que l'âge avançant, les questionnements identitaires sont peu à peu escamotés pardes préoccupations plus pragmatiques. A la colère identitaire succède ainsi la peur économique, et c'est là un tour de force du système dominant que de transformer l'une en l'autre, et de naturaliser la peur en faisant croire que la colère n'est qu'intempérance de jeunesse. Le personnel avait poussé vers le collectif, et c'est finalement le collectif qui permet à nouveau d'envisager le personnel moins douloureusement. (26)

Revenons ici à un niveau moins individuel, afin de nousrecentrer sur la double question de l'objectif vers lequel pourraientcollectivement tendre les protagonistes d'une sous-culture contestataire et des moyens qui pourraient leur permettre de l'atteindre.

D'après ce qui transparaît des propos tenus par les Riot Grrrls, il semble que leur idéal ultime serait de remplacer le système en place par un autre et de substituer aux notions de compétitivité, de hiérarchie et de profit, celles de support mutuel, gestion horizontale et créativité. Pour ces raisons, leur volonté a été dès le départ d'étendre leur mouvement et de diffuser leurs idées, et elles se sont donc résolues par là-même à se mêler au système dominant. Tout en évitant de tomber dans les rets de l'archétypal «nous-contre-eux » en soulignant constamment le caractère pluriel de toute chose et de toute expérience, elles se sont néanmoins employées à réfléchir aux moyens d'éviter la mise en route des processus de banalisation de la subversion notamment par l'entremise des médias. Pour ce faire, elles ont cultivé la contradiction, le flou, incité le plus grand nombre a la prise de parole et à l'action.

Mettant le doigt sur le caractère mythique de la forme de révolution que la société capitaliste agite soit comme miroir aux alouettes, soit comme carotte pour se prémunir d'un contre-pied qui serait potentiellement réellement préjudiciable, elles ont préconisé une forme de révolution « épidémique », passant par la création. Une révolution de longue haleine, bien éloignée des bains de sang et des renversements brutaux de rapports de force.

La réflexion méta-discursive qu'ont pu mener les Riot Grrrls, la mise en question de leur entreprise et du bien-fondé des moyens de diffuser leurs idées, s'est avérée relativement bénéfique à certains égards. Au vu du sort qui est réservé à la subversion en règle générale, il semble deprime abord délicat de faire abstraction d'une prise de recul sur la pertinence des moyens pour donner un éventuel potentiel aux fins. En revanche, et elles mêmes s'accordent à le reconnaître, l'attention et l'énergie qu'elles ont consacré à ces problèmes les ont détournées de leurs intentions être vendications initiales, et probablement distraites de la question essentiellede construire un projet alternatif viable.

Qui plus est, cette réflexion méta-discursive n'est-elle pas encore la preuve d'une forme d'engluement dans la logique dominante ?  De la même manière que le méta-discoursest informé par le discours, la contre-culture révolutionnaire est informée par l'idée que le système dominant se fait de la révolution. Or, comme l'affirme Jean Baudrillard,

« Une révolution sépare chaque ordre de l'ordre ultérieur. Ce sont même les seules véritables révolutions. Le 3ème ordre est le nôtre, il n'est plus de l'ordre du réel mais de l'hyperréel, et c'est là seul que des théories ou des pratiques, elles-mêmes flottantes et indéterminées, peuvent l'atteindre et le frapper à mort. Les révolutions actuelles s'indexent toutessur la phase immédiatement antérieure au système. Elles s'arment toutes d'une résurrection nostalgique du réel sous toutes ses formes, c'est à dire des simulacres de 2nd ordre : dialectique, valeur d'usage, transparence et finalité de la production, « libération » de l'inconscient [...] Toutes ces libérations se donnent comme contenu idéal les fantômes que le système a dévorés dans ses révolutions successives et que subtilement il ressuscite comme phantasmes de révolution. « Tout élément de contestation ou de subversion d'un système doitêtre d'un type de logique supérieur » (Anthony Wilden, Système et Structure)[...] Y a-t-il une théorie ou une pratique subversives parce que plus aléatoires que le système lui-même ? Une subversion indéterminée, qui soit à l'ordre du code ce que la révolution était à l'ordre de l'économie politique ? ». (Baudrillard, 10-11) (27)

Si l'on part de ce postulat, la question de se munir d'un projet alternatif viable est-elle si importante que nous venons de le prétendre? Ce projet n'est-il pas là encore un mirage imprégné des logiques en cours ?

Pour mettre un terme à cette ébauche de réflexion, qui pose plus de questions qu'elle ne fournit de réponses, il apparaît inéluctable de se rendre à l'évidence suivante : tout comme le jeune investi dans une sous-culture protestataire, l'observateur de ce genre de phénomènes se retrouve vite acculé aux chausse-trappes de ses propres mécanismes de pensée.

Quel est ou quels sont le ou les rôles sociaux des mobilisations contre-culturelles juvéniles ? Il apparaît en dernier lieu que ce n'est pas en ces termes qu'il faudrait poser la question, mais bien plutôt dans les suivants : comment la société dominante parvient-elle à circonscrire les mobilisations juvéniles à un ou des rôles sociaux, et à persuader tout le monde (y compris les intéressé-e-s) que ce sont les mobilisations juvéniles qui s'assignent elles-mêmes ce rôle.

« Les femmes, les jeunes, le corps, dont l'émergence après des millénaires de servitude et d'oubli constitue en effet la virtualité la plus révolutionnaire, et donc le risque le plus fondamental pour quelque ordre établi que ce soit - sont intégrés comme « mythe d'émancipation ». On donne à consommer de la Femme aux femmes, des Jeunes aux jeunes, et dans cette émancipation formelle et narcissique, on réussit à conjurer leur libération réelle. Ou encore, en assignant les Jeunes à la Révolte («Jeunes = révolte ») on fait d'une pierre deux coups : on conjure la révolte diffuse dans toute la société en l'affectant à une catégorie particulière, et on neutralise cettecatégorie en la circonscrivant dans un rôle en particulier : la révolte.» (Baudrillard 216) (28)

Il est probable que le seul rôle social dont puissent se prévaloir les contre-cultures juvéniles dans l'état actuel des choses soit de rendre cette période de formation moins insupportable. Il est vraisemblable également que sous cette forme, elles n'auront de cesse de se heurter aux issues de secours que le système, avec sinon l'assentiment du moins la participation passive de tous, a progressivement cadenassées. Ou plutôt, laissées ouvertes, béantes même, sur une galerie labyrinthique de miroirs. Dureste, il faudra attendre la sous-culture illogique et a-révolutionnaire qui sera prête à sacrifier sa jeunesse et braver sept ans de malheur pour lui reconnaître un rôle plus déterminant.

 

Notes de fin

(1) Telle que le définit par exemple Ken Gelder dans l'introduction à l'anthologie qu'il coordonne sur ce sujet : « Subcultures aregroups of people that are in some way represented as non-normative and/ormarginal through their particular interests and practices, through what theyare, what they do, and where they do it. They may represent themselves in thisway, since subcultures are usually well aware of their differences, be moaning them, relishing them, exploiting them, and so on. But they will also b erepresented like this by the others, who in response can bring an entire apparatus of social classification and regulation to bear upon them.» Ken Gelder, sous la direction de, The Subcultures Reader, deuxième édition (NewYork : Routledge, 2005), 1.

(2)  Voir parexemple Hebdige, Dick, Subcultures, The Meaning of Style, 1ère édition (NewYork: Routledge, 1979) ou encore Hall, Stuart et Tony Jefferson (sous la direction de), Resistance Through Rituals (Londres et New York: Routledge, 1975). Un grand nombre des études menées à Birmingham ont pris pour objet les sous-cultures de jeunes. Dans une perspective volontiers marxisante, le phénomène sous-culturel a été envisagé par ces chercheurs en termes de conflit, résultant d'un double antagonisme : un antagonisme de classe d'abord, deuxièmement un antagonisme générationnel. Ils se sont notamment servi de la méthode sémiotique pour analyser ce qu'ils considéraient être des poches de résistance symbolique.

(3)  Voir Mikhaïl Bakhtine, l'oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et sous la Renaissance (Paris : Gallimard, 1970).

(4)  Pour une présentation relativement exhaustive du courant Riot Grrrl, voir Nadine Monem (sous la direction de), Riot Grrrl : Revolution Girl Style Now! (Londres: Black Dog Publishing, 2007) ou encore le recueil d'interviews coordonné par Andrea Juno, Angry Women in Rock vol.1 (New York : Juno Books, 1996). Il existe également un DVD consacré à ce phénomène: Don't need you : The Herstory of Riot Grrrl réalisé par Kerri Koch, Urban Cowgirl Productions, 2006, ainsi qu'une rétrospective sur internet datant de 1999, à l'initiative d' Experience Music Project, le musée de la musique de Seattle : http://www.empsfm.org/exhibitions/index.asp?articleID=666 (accès mai 2010). Le présent article s'appuie en outre sur des entretiens ou conversations informelles menés avec des protagonistes de ce mouvement.

(5)  Le hardcore est un dérivé du punk apparu dans les années 80, notamment sur la côte Ouest des Etats-Unis et à Washington, DC. Musicalement, le hardcore est plus rapide et plus violent que le punk, le son plus lourd, et les textes davantage hurlésque chantés.

(6)  A l'origine pourtant, l'émergence du punk avait dans une certaine mesure plutôt favorisé l'accès des femmes à la scène underground (aussi bien dans le public qu'en tant qu'artistes). D'une part, en effet, parce que les nombreuses accointances de la toute première scène punk New-Yorkaise avec les milieux homosexuels avaient quelque peu malmené le mythe du rocker mâle hétérosexuel et viril, d'autre part parce que l'obédience à un esprit Do-It-Yourself (DIY) et le fait que soient encouragées toutes les formes d'amateurisme, avaient permis à ces dernières de se dédouaner du préjugé sexiste alléguant leur manque d'aptitudes « naturelles» à la technologie.

(7)  On peut par exemple voir dans les Ladyfests, festivals féministes autogérés qui se sont multipliés ces dix dernières années, une continuation de la tradition initiée par les Riot Grrrls. Ces festivals, dont la durée varie en général d'un jour àune semaine, sont l'occasion d'échanges de savoirs et de savoirs-faire lors d'ateliers et de discussions (mixtes ou non-mixtes), mais aussi de concerts, de projections, d'expositions. Il s'agit de promouvoir une culture produite par des femmes lors de ces événements organisés pour des femmes. Il est à noter que, notamment en Europe, ces festivals féministes revêtent pour certains une revendication queer/transgenre.

(8) Bratmobile (1991-1994 reformé de 1999 à 2003) est l'un des groupes initiateurs du mouvement Riot Grrrl. Parmi les premiers groupes importants, il faut également citer Bikini Kill, dont l'impact reste le plus prégnant, ainsi que Heavens to Betsy, et Huggy Bear en Angleterre.

(9) Interviewmenée par l'auteure le 1er novembre 2005 à Barcelone à l'occasion d'un concert de Partyline, formation musicale dans laquelle chante Allison Wolfe depuis 2004.

(10) Corin Tucker, citée dans Monem, 27.

(11) Il faut préciser ici que bien qu'elles déplorent l'aspect trop académique du féminisme, bon nombre des jeunes femmes à l'initiative du mouvement poursuivaient ouavaient poursuivi des études supérieures (notamment sur des questions de genre) à l'université d'Olympia. Evergreen State College est en outre connue pour être en quelque sorte la faculté américaine contre-culturelle et expérimentale par excellence. Il est probable que les enseignements qu'elles ont pu recevoiraient influencé leurs positions et pratiques militantes.

(12)   SarahThornton, Club Cultures: Music, Media, and Subcultural Capital (Middleton, Connecticut:Wesleyan University Press, 1995), 117.

(13)   Juno, 99.

(14)   Juno, 100.

(15) Marion Leonard, "Feminism, « Subculture » and Grrrl Power", in Sheila Whiteley (sous la direction de), Sexing the Groove: Popular Music and Gender (Londres : Routledge, 1997), 245. Les Riot Grrrls avaient coutume d'inscrire au marker sur leur corps les insultes qu'elles essuyaient régulièrement, d'une part pour les devancer en quelque sorte, d'autre part pour rendre plus visible une oppression parfois insidieuse.

(16) Leonard in Whiteley, 251.

(17)  Dick Hebdige (traduction : Marc Saint-Upery), Sous-culture : Le Sens du style (Paris : Editions La Découverte, 2008), 98.

(18)  Ceci est notamment manifeste dans les fanzines : on trouve fréquemment des textes aucontenu antinomiques au sein d'un même fascicule.

(19)  KathleenHanna, "On Not Playing Dead", in Karen Kelly et Evelyn McDonnell, Stars Don't Stand Still in the Sky: Music and Myth (New York et Londres: New YorkUniversity Press, 1999), 123.

(20)  Cité dans Sheila Whiteley (sous la direction de), Sexing the Groove: Popular Music and Gender (Londres : Routledge, 1997), 247.

(21)  Tobi Vail et Kathleen Hanna, « Riot Grrrl Manifesto », Bikini Kill Zine n°2, 1991.

(22)  Erika, citéedans Mary Celeste Kearney, “Don’t Need You : Rethinking Identity Politics and Separatism from a Grrrl Perspective” in Epstein, Jonathon (sous la direction de), Youth Cultures: Identity in a Postmodern World (Oxford: Blackwell Publishers Ltd, 1998), 161.

(23)  Voir les travaux de Raoul Vaneigem et de Guy Debord, sur ce qu’ils nomment construction des situations notamment.

(24)  Il semble nécessaire de préciser que les ébauches conclusives que nous allons formuler s’appuient sur une interprétation personnelle et subjective de ce que nous avons pu observer, entendre et lire, et ne prétendent évidemment en aucune manière être définitives.

(25)  A ce sujet,voir par exemple les travaux influents de Carol Gilligan, notamment le célèbre In a Different Voice : Psychological Theory and Women’s Development (Cambridge: Harvard University Press, 1982).

(26)  Il ne faudrait pas omettre de mentionner ici que les sous-cultures contestataires ne constituent pas des oasis de pureté, où chacun-e serait dédié-e corps et âme àun système meilleur pour tous.

(27)  Jean Baudrillard, L’Echange symbolique et la Mort (Paris : Gallimard, 1976), 10-11.

(28)  Jean Baudrillard, La société de consommation (Paris : Editions Denoël, 1970), 216.

 

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Pour citer cet article:

Labry Manon, " "Revolution Grrrl Style Now" ? Eléments de réflexion sur le rôle social des sous-cultures juvéniles contestataires. Le cas des Riot Grrrls.", RITA, n°4 : décembre 2010, (en ligne), Mise en ligne le 10 décembre 2010. Disponible en ligne http://www.revue-rita.com/dossier-thema-61/le-phenomene-riot-girls.html