• Numéro 10
  • Numéro 10
  • Numéro 10
  • Numéro 10
  • Numéro 10

    Canada-Québec-Caraïbe: Connexions transaméricaines
  • Numéro 10

    Canada-Québec-Caraïbe: Connexions transaméricaines
  • Numéro 10

    Canada-Québec-Caraïbe: Connexions transaméricaines
  • Numéro 10

    Canada-Québec-Caraïbe: Connexions transaméricaines

Jean-Michel Basquiat ou la rétrospective de 2010 à Paris

Paris n’avait encore jamais connu une rétrospective d’une telle envergure de l’œuvre de l’artiste américain Jean-Michel Basquiat. C’est à l’occasion du 50ème anniversaire de la naissance de l’enfant du graffiti new-yorkais que le Musée d’Art Moderne lui consacre cette exposition phare de l’année 2010.

 

Hélène Martinez

Journaliste
Collaboratrice au site d'informations culturelles Artistik Rezo

 

Jean-Michel Basquiat ou la rétrospective de 2010 à Paris

 

          C’était la fin des années 1970 à New-York, il était jeune, il avait la peau noire, il était farouche et animé d’un feu sacré, son terrain d’expression c’était la rue. Il ne savait pas qu’il était en train de devenir l’un des artistes majeurs de son époque. Il ignorait qu’un jour une foule de Parisiens viendrait admirer les pièces d’un travail prolixe malgré sa courte et fulgurante existence. Jean-Michel Basquiat s’éteint à l’âge de 27 ans à la suite d’une overdose laissant derrière lui un parcours artistique singulier qui marquera un tournant de l’histoire de l’art contemporain. Par-delà même son art, Basquiat, The Radiant Child, est un symbole. Celui de l’underground new-yorkais, d’une avant-garde américaine, et bien sûr du rayonnement international de l’œuvre d’un jeune homme d’origine portoricaine et haïtienne qui produisait dans l’urgence et la frénésie, sous les traits spontanés ou naïfs à la lisière de l’enfance et de la révolte. En émergeant, Basquiat rompt avec l’art conceptuel et minimal alors dominant sur la scène artistique américaine. Il donne un nouveau souffle à la peinture "néo-expressionniste" que les Etats-Unis et l’Europe reconnaissent comme un réveil de l’art.

Il graffitait son univers urbain, signait SAMO© (Same Old Shit) au côté de son comparse Al Diaz, pétri d’anarchie et de liberté à l’image d’un mode de vie dissolu. C’était avant d’être le plus jeune artiste, qui plus est noir américain, à exposer à la Biennale du Whitney Museum de New York en 1983. S’en suivront des expositions à travers le monde, un succès international et des rencontres marquantes – celle avec Andy Warhol notamment, dont la mort le perturbera fortement. Son amitié avec le père du Pop Art avait d’ailleurs donné naissance à plusieurs toiles à quatre mains, dont certaines, immenses, sont représentées au Musée d’Art Moderne de Paris. Son univers singulier, empreint à la fois de racines caribéennes et de culture américaine, où s’illustrent les rites sacrés du vaudou, les mythologies, la bande dessinée, la publicité et les médias, les personnages historiques et les héros afro-américains de la musique et de la boxe séduira les plus importants galeristes, critiques et collectionneurs. De la galeriste new-yorkaise Annina Nosei au zurichois Bruno Bischofberger en passant par le californien Larry Gagosian, il sera au combien propulsé sur le devant de la scène. De la rue à l’atelier, ce sont bien toutes les périodes de la fugace vie de Basquiat qu’il est donné de voir dans le long circuit foisonnant du musée parisien.

Peintures, dessins, objets sont élogieusement parsemés au gré de l’exposition, l’immersion dans l’art de Samo à Jean-Michel Basquiat est immédiate, dans son art sinon dans les méandres de son âme. Innocence, brutalité – car il s’agit bien d’art brut – figuration violente emportent le visiteur dans les sinuosités qui l’habitaient. Se révèlent les messages volontaires ou subliminaux de Basquiat, le racisme, ses racines, la mort, très présente comme le présage de son passage incandescent et passablement consumé ici-bas. Il est aisé de saisir l’enfance qui n’a jamais cessé d’envahir le jeune new-yorkais, l’écorché vif. Perceptibles aussi, son insoumission, sa franchise ou crudité, une démarche dont on ne saurait dire si elle était réfléchie ou inconsciente. Elle était instinctive à l’évidence et en marge, ce qui a très certainement servi sa gloire. Après un florilège de couleurs vives et ardentes, vient l’issue de la rétrospective, le bouquet final. Les toiles ultimes et puissantes davantage dans l’épure et la finesse du trait, telles que la sérigraphie Tuxedo ou le diptyque Eroica et Eroica II entre autres, closent le vaste parcours. Il semble que l’on atteigne la maturité du travail de Basquiat avec la même grâce que sa genèse artistique.

Jean-Michel Basquiat avait déjà été représenté par le Musée d’Art Moderne en 1984 lors d’une exposition collective consacrée au mouvement de la Figuration Libre France/USA. Aujourd’hui c’est un véritable hommage qui lui est rendu à Paris, un phénomène aussi.

Jean-Michel Basquiat au Musée d’Art Moderne de Paris
Jusqu’au 30 janvier 2011
(Fermé les jours fériés)

11 avenue du Président Wilson
75116 Paris
Tél : 01 53 67 40 00

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h (fermeture des caisses à 17h15)
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h (expositions uniquement, fermeture des caisses à 21h15)
Le musée fermera à 17h les 24 et 31 décembre (fermeture des caisses à 16h15)


http://mam.paris.fr/fr

Actuellement au cinéma : Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child, de Tamra Davis, production Pretty.

 

Pour citer cet article:

Martinez Hélène, «Jean-Michel Basquiat ou la rétrospective de 2010 à Paris». RITA, n° 4 : décembre 2010, (en ligne), Mise en ligne le  10 décembre 2010. Disponible en ligne http://www.revue-rita.com/regards-56/michel-basquiat.html