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Philippe Colin

Discours du paysage, identité(s) et pouvoir en Colombie au XIXe siècle

Notre étude vise à penser le paysage – le dispositif discursif de médiation du territoire - en tant qu'il constitue une forme structurante du système symbolique par lequel la société colombienne se pense et se projette comme communauté au lendemain de l'Indépendance. Notre analyse s'articule autour de trois moments  discursifs qui entretiennent entre eux des rapports dynamiques d'intertextualité...
...Le premier, que nous avons défini comme celui du paysage  impérial, s'inscrit dans la vision renouvelée de l'espace global qui émerge en Europe à la fin du 18e siècle : le paysage est alors pensé par les voyageurs impériaux, et notamment par celui qui réinventa le paysage américain, Alexandre de Humboldt, comme un dispositif panoptique de saisie intégrale de l'espace. L'analyse du second « moment » doit nous permettre de comprendre comment les élites qui s'engagent tout d'abord dans un processus de différenciation identitaire puis dans un processus d'invention de la nation détournent à leur profit le discours du paysage et ses modes d'autorisation pour créer du commun territorial et opérer une naturalisation des frontières et des hiérarchies sociales héritées de la Colonie. Notre troisième chapitre s'intéresse à la manière dont certaines œuvres littéraires, extérieures au canon légitime, ont pensé et remis en cause le fonctionnement du régime de représentation paysager. Pour ce faire nous analysons quatre œuvres qui constituent autant de point de vue minoritaires sur la nation en cours d'élaboration : les romans Manuela, de Eugenio Díaz, Dolores de Soledad Acosta et Ingermina de Juan-José Nieto et les poèmes des Cantos populares de mi tierra de Candelario Obeso.
 

Mots-clés : Colombie; Paysage; Nation; Identité; Pouvoir.

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Philippe Colin

 

Doctorat en lettres

Université de Paris-Grand Ouest-Nanterre


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Discours du paysage, identité(s) et pouvoir en Colombie au XIXe siècle
 

Introduction

              En Colombie, comme ailleurs en Amérique, le projet post-colonial de construction d'une identité nationale impliquait l'élaboration d'un nouveau treillage culturel qui fût en adéquation avec le modèle de civilisation désirée par les élites. À cet égard, l'invention d'un territoire qui pût servir d'infrastructure symbolique à ce programme fondé sur les grands paradigmes de la modernité européenne, fut essentielle. Comme l'ont récemment montré certains historiens sensibles à la dimension culturelle des processus post-coloniaux, les discours scientifiques, politiques et littéraires furent des éléments fondamentaux dans la constitution d'un nouvel imaginaire territorial(1).Circulant d'un champ discursif à l'autre, le paysage – soit la mise en scène d'une représentation visuelle du territoire depuis un point de vue extérieur à l'objet contemplé -  fut l'une des formes discursives les plus constamment mobilisées par les élites lettrées colombiennes dans le cadre de ce que Santiago Castro-Gómez a défini comme nouvelle politique de la représentation (Castro-Gómez, 2004).

Partant du célèbre postulat de Benedict Anderson selon lequel une nation n'est pas seulement la résultante de processus politiques, administratifs et économiques sur une population et un espace inerte, mais aussi un artefact discursif qui permet de générer une communauté d'assentiment(Anderson, 2002 : 19), nous nous proposons de saisir le rôle structurant du discours paysager dans la formation de l'identité nationale colombienne. Par sa capacité à objectiver dans l'espace une certaine image du territoire, à instituer en nature certains principes de divisions sociaux, le paysage le paysage opère ce que Jacques Rancière appelle un partage du sensible (Rancière, 2000) : il donne en effet simultanément à voir un commun national et un découpage qui définit des parts et des places au sein du tout national.

Notre étude des représentations textuelles du paysage se concentre sur ce qui apparaît rétrospectivement comme son âge d'or : une période qui s'étend des deux dernières décennies de la période coloniale (1790) jusqu'à la fin de la période libérale (1876) et le début de la Regeneración. Nous abordons cette période à partir de ce que nous avons conçu comme trois grands moments discursifs qui ne se succèdent pas nécessairement mais entretiennent entre eux des liens d'interdiscursivité complexes et multiples.


I. Paysages impériaux : l'archétexte européen

           Le premier moment, que nous avons défini comme celui du paysage impérial, s'inscrit dans la vision renouvelée de l'espace global qui émerge en Europe à partir de la seconde moitié du XVIIIe et qui perçoit le monde comme une jonction de relations à l'intérieur d'un champ total. La rupture de l'espace taxinomique diagnostiquée par Michel Foucault (Foucault, 1966 : 111-112), en tant qu'elle est indissociable d'une reconfiguration du champ des visibilités, impose aux grandes entreprises savantes chargées du ratissage du monde un profond renouvellement de leurs protocoles de représentation. L'espace n'apparaît plus en effet comme un plan neutre sur lequel viendraient se détacher des formes isolées ; il est devenu un milieu(2)qui possède des qualités intrinsèques et qui interagit avec les êtres qui s'y déploient. L'intégration du paysage dans l'arsenal des dispositifs de saisie du monde constitue l'une des réponses apportées par les savants voyageurs au défi posé par cette reconfiguration du champ du visible. Il permet en effet d'envisager les éléments constituants de la représentation spatiale comme des parties qui n'acquièrent leur détermination qu'en fonction du tout. Plus concrètement, on peut considérer, en nous référant aux catégories forgées par Bruno Latour, que la vision paysagère permet aux expéditions savantes de convertir un ordre a priori intransportable en un mobile pouvant être déplacé vers les centres européens de production du savoir (Latour. 1989 : 548).

Inséparable du grand mouvement d'unification conquérante du monde et d'accumulation du capital informationnel qu'opèrent alors les grandes puissances européennes, le discours du paysage tenu par les agents impériaux mandatés aux quatre coins du monde apparaît comme le lieu d'un nouage étroit du savoir et du pouvoir. Conçu comme un dispositif de saisie intégrale de l'espace, le paysage impérial – dont la forme canonique sera fixée par des voyageurs naturalistes comme Bougainville ou Forster puis théorisé par Humboldt - peut en effet être interprété comme la traduction discursive du grand projet de contrôle global et de subsumation intégrale des formes et des flux sur lequel les nouveaux empires européens prétendent fonder leur puissance.

Il revient à Alexandre de Humboldt d'avoir opéré dans son opus americanorum(3), la mise en paysage d'une grande partie de l'Amérique et, plus spécifiquement, de la Nouvelle-Grenade. Doté d'un capital social, culturel et économique lui octroyant un pouvoir de révélation exceptionnel, le savant prussien va en effet proposer une grille de lecture renouvelée de l'espace américain qui va s'imposer durablement au sein des imaginaires des deux côtés de l'Atlantique. Les tableaux qu'élabore Humboldt proposent une vision du monde qui place en son centre impensé le sujet impérial européen et distribue à sa périphérie un ordre stable et purement spatial du monde dont la matrice épistémique, propre au régime disciplinaire, est celle du panoptisme (Foucault, 1975 : 201-206). S'agissant de la question, inévitable, de la mimesis, la circulation du très vaste matériau paysager élaboré par Humboldt a permis la cristallisation d'un certain nombre de représentations fonctionnelles dont hérite aujourd'hui encore une certaine doxa paysagère colombienne. Tout en réinscrivant dans la nature même des choses une hiérarchie ethno-raciale et épistémique globale, le savant réinvente en effet l'Amérique équatoriale comme un espace vacant appelé, à travers une sorte de théodicée, à intégrer avantageusement le progrès universel – entendu comme l'orientation de l'économie régionale en direction de la production de valeurs d'échange. L'immense puissance de consécration de ce discours en fit un archétexte(4) incontournable pour les élites créoles de la Nouvelle-Grenade qui s'engagèrent à la veille de l'Indépendance dans un processus de différenciation identitaire.


II. Paysages fondateurs : la construction paysagère de la nation

               Le second chapitre de notre étude a pour objet central la construction paysagère de la nation. Considérant avec Benedict Anderson que la nation est aussi une construction discursive, nous nous proposons d'examiner quelques-uns des textes seuils qui ont contribué à la construction performative d'un territoire imaginé (Anderson, 2002). La première partie aborde à grands traits la manière dont une fraction de l'élite créole de la Nouvelle-Grenade, agrégée autour des sciences utiles, a élaboré un nouveau récit collectif autolégitimant à travers l'investissement d'un discours pré-paysager descriptif et prescriptif prétendant rendre raison des potentialités du territoire. Ainsi, dès la dernière décennie du XVIIIe siècle, un certain nombre de créoles éclairés investissent le Papel Periódico de la ciudad de Santafé de Bogotá pour mettre en place les grands axes d'une identité culturelle séparée de l'identité dominante. Pour ce faire, ils s'appuient notamment sur l'invocation hyperbolique des richesses naturelles de la patrie et la proclamation d'un lien héréditaire naturel entre les Créoles et le territoire natal.

Cette approche nous permet d'appréhender les conditions d'émergence du discours paysager du créole Francisco José de Caldas dont les principaux textes - Estado de la Geografía del Virreinato de Santafé de Bogotá (1808) et Del influjo del clima sobre los seres organizados (1808) organisent pour la première fois une vision globale, cohérente et essentialisante du territoire néogrenadin. Au sein de la communauté interprétative des éclairés, Caldas est sans doute celui qui a entrevu avec le plus d'acuité les possibilités que pouvaient offrir le texte humboldtien en termes de ressources identitaires. Le discours du paysage va en effet lui permettre de créer un commun territorial autour duquel va pouvoir s'articuler une subjectivité collective associée à certains schèmes identitaires. C'est dans son essai Del influjo del clima sobre los seres organizados que le savant néogrenadin va s'appliquer à délimiter l'Autre interne de cette communauté légitime en territorialisant les frontières sociales de la ségrégation coloniale. Ainsi, la construction territoriale utopique que projette Caldas est travaillée par une tension constitutive : elle est inséparable d'une topie visant à la perpétuation de l'ordre hiérarchique socio-racial existant, préparant ainsi l'émergence de la citoyenneté de caste propres à l'ordre républicain.

C'est avec la Comisión corográfica, le projet de description du territoire le plus complet et le plus systématique jamais lancé par l'État colombien, que l'ambition caldienne de création d'une vaste archive nationale va trouver une forme d'aboutissement. Notre étude se concentre tout particulièrement sur le récit de cette expédition, rédigé par Manuel Ancízar et publié en volume sous le titre de Peregrinación de Alpha en 1853. Le récit de voyage omnipaysager d'Ancízar relève d'une mission idéologique politiquement prescrite : il lui revient, en complément du travail de codification territoriale opéré par la Comisión corográfica, de produire un récit nationalisant performatif dans lequel le paysage est chargé de représenter un commun national. Nous avons repéré deux grandes modalités de production d'un commun paysager : la première, liée à la question de la gouvernementalité (Foucault, 2004 : 111) se construit autour d'un regard qui conduit des caractères visibles du paysage aux particularités de ses habitants et s'affirme comme un dispositif d'évaluation, d'inflexion et de nivellement de la communauté nationale. En cela il se concentre sur l'aménagement d'un avenir commun conforme à la vision sociétale produite par les élites modernisatrices blanches et lettrées de la nation. La seconde met en place toute une série de fictions paysagères géologiques, archéologiques et historiques censées condenser ce qui est attribué à l'identité nationale et fonctionner comme des schèmes symboliques agglutinants.


III. Paysages dissensuels : détournements et dénaturalisation du discours du paysage

 

            Dans notre dernier grand chapitre, nous voulons penser les discours sur l'espace qui n'appartiennent plus, selon la célèbre dichotomie proposée par Michel de Certeau, au domaine de la stratégie mais à celui de la tactique (Certeau, 1990 : XL-XLVI). Les discours stratégiques visent à l'exercice d'un pouvoir : ils cherchent en effet à circonscrire un lieu du propre qui fixe par là-même l'extériorité de l'Autre. Les discours tactiques n'ont pour leur part pas de territoire propre et se déploient toujours à l'intérieur du lieu de l'Autre.C'est au sein du champ littéraire de la nouvelle république que nous nous proposons de saisir les traces de ce réseau « anti-disciplinaire », qui met en crise la fiction paysagère de la nation. Si la pratique scripturaire constitue un puissant dispositif de relégation sociale, elle permet aussi, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, l'émergence au sein du texte public de toute une série de discours jusque là inaudibles (Scott, 2008 : 59).Relégués dans les anneaux externes du champ du pouvoir, ces agents minorés vont mettre à profit les nouvelles ressources symboliques acquises pour observer leur propre différence hétéro-construite et interroger les soubassements de la politique de représentation mise en place par les détenteurs autorisés du discours sur la nation.


Le fait que ces pratiques discursives dissensuelles s'élaborent à l'intérieur d'un champ minoré de la sphère du pouvoir n'est pas anodin : même si le champ spécifique des lettres constitue alors en Colombie comme ailleurs en Amérique Latine - dans le cadre du régime spécifique de la ville scripturaire (Rama, 1984) - le lieu où s'opère une forme d'accumulation primitive du capital symbolique ayant vocation à être réinvestie dans le champ politique, il constitue malgré tout un espace de tolérance relative où les contraintes ne s'exercent pas avec la même inflexibilité que dans d'autres champs plus directement liés à l'accumulation de ressources de contrôle social. Ajoutons que dans la mesure où le discours littéraire est conçu comme étant moins orienté vers l'efficacité que d'autres pratiques discursives, il constitue toujours une forme euphémisée de discours idéologique, un espace où peut s'énoncer, dans le travail même de la langue, les différends (Lyotard, 1983 : 29) qui ne trouvent pas encore à s'articuler dans le champ politique. Notre étude aborde ces contre-discours paysagers à travers quatre exemples – trois romans et un recueil de poésie – qui constituent autant de points de vue excentriques sur les fausses évidences que partagent et développent les élites nationales après les indépendances.

Le roman de Eugenio Díaz, Manuela (1853), se concentre sur la dimension proprement idéologique du paysage, c'est-à-dire sur sa fonction d'occultation et de justification des rapports de domination et d'exploitation. À travers une délégation atomisée de la fonction idéologique, le texte fait non seulement la critique de la vision paysagère en tant qu'elle  fonctionne comme un leurre qui opacifie le réel, mais élucide sa fonction dans le cadre d'un système de production fondé sur la surexploitation des groupes subalternes.


Dolores (1869)de Soledad Acosta de Samper - l'une des romancières colombiennes les plus prolifiques du 19e siècle -  rend évident la dimension générique du discours et du regard paysager à partir d'un dispositif complexe de délégation de la parole. En défaisant progressivement l'autorité de la voix masculine du narrateur encadrant, le texte met en crise les métaphores paysagères sexuées de la nation que véhicule l'ordre républicain. Cette opération de dé-paysagement du sujet féminin, en brouillant «la fonctionnalité des gestes et des rythmes adaptés aux cycles naturels de la production, de la reproduction et de la soumission» (Rancière, 2000 : 62-63), permet d'interroger le régime de subordination de la femme qui est au centre du pacte social du libéralisme.

Ingermina (1844), est le premier roman de Juan José Nieto, un métis autodidacte, originaire d’une famille d’artisans pauvres, qui, à la faveur d'un relâchement conjoncturel des frontières socio-raciales, parvint à intégrer l’oligarchie créole de Cartagena puis à s’imposer dans l’espace politique régional. Possédant une fonction immédiate de légitimation culturelle et sociale, le texte de Nieto se présente comme le lieu d'un détournement de la fonction de la représentation paysagère et d'un retraitement des valeurs qui lui sont attachées. Ingermina peut être lu comme une allégorie nationale alternative dans laquelle la scénographie paysagère opère comme un embrayeur énonciatif qui consacre la métissité de la nation.

Si les trois romans qui font l'objet de notre étude cherchent indéniablement à mettre à jour  l'impensé patriarco-colonial et le poids des fonctions de fabulation de la prose paysagère nationale, c'est dans les Cantos populares de mi tierra (1877)du poète afro-colombien Candelario Obeso que s'exhibe avec le plus d'intensité la construction d'une contre-légitimité discursive. Les Cantos s'astreignent en effet à mettre en scène une parole minoritaire qui affirme simultanément sa radicale habitation du monde, sa volonté de renégocier les termes de l'en-commun et son insubordination aux normes représentationnelles excluantes véhiculées par la prose des élites républicaines. En s'appuyant sur l'un des points stigmatiques de la raison coloniale – les bogas noirs de la côte Caraïbes(5) - l'autofiction poétique des Cantos défait l'organisation du champ perceptif autour du sujet d'énonciation qui fonde la répartition socio-paysagère et convoque une parole située en excès de toute fonction dans la langue légitime.


Conclusion


                Le parcours suivi tout au long de notre étude nous a permis de comprendre comment un discours, en apparence platement descriptif comme celui du paysage est non seulement inséparable du régime conceptuel et représentatif qui préside à son élaboration mais qu'il constitue lui-même une forme structurante qui façonne le réel autant qu'il le reproduit. La capacité spécifique du paysage impérial et de ses avatars nationaux à produire simultanément de l'effet de réel et de l'effet dans le réel tient à la structure réticulée de son dispositif de représentation qui le rend aveugle à sa propre origine. Par-delà les usages pluriels que lui confère sa grande plasticité, c'est sans doute la dimension fétichiste du schème paysager qui explique en grande partie les raisons de son intense mobilisation en Colombie tout au long du XIXe par des groupes qui avaient intérêt à légitimer ou à subvertir des principes de vision et de division du monde. En ancrant certaines frontières symboliques dans les rugosités de l'espace et en les présentant comme des qualités de l'objet décrit, le discours du paysage fonctionne en effet comme un dispositif de naturalisation idéologique. Ainsi, les grands espaces vierges, les espaces pastoraux offrent le double avantage de paraître plus vrais que nature et de fonctionner comme un panorama offert à une action future d'avance balisée tout en suspendant un certain partage social du monde et de la nation.

Le processus de naturalisation idéologique dont il est question tout au long de ce parcours trouve d'évidents prolongements dans le débat contemporain sur l'instrumentalisation actuelle des discours de l'écologie. Quoi en effet de plus naturalisant que ces discours sans cesse plus présents qui, comme le faisait jadis le paysage, prennent à parti la nature? Si aujourd'hui le paysage ne possède plus la centralité idéologique qu'il avait naguère, d'autres discours semblent occuper sa place au sein de l'infrastructure symbolique de la dernière phase du projet néolibéral de marchandisation intégrale du monde. Comme l'a très justement analysé l'anthropologue colombien Arturo Escobar, « il est possible que nous soyons en train de passer d'un régime de nature organique (pré-moderne) et capitalisé (moderne) à un régime de techno-nature rendu possible par les nouvelles formes que connaissent la science et la technologie? »(dans : Castro-Gomez, 2006 :47).

Notes de fin

(1) On lira à ce sujet, par exemple : Alfonso Múnera (2004), Fronteras imaginadas, La construcción de las razas y de la geografía en el siglo XIX colombiano. Bogotá : Banco de la República ; Jorge Canizares Esguerra (2006), Nature, Empire and Nation. Exploration of the science in the iberian world. Stanford : Stanford University Press.
(2) Nous empruntons la notion de « milieu » à Michel Foucault qui le définit comme un «champ relationnel de forces». (Foucault, 2004 : 23).
(3) À défaut d’un ouvrage décrivant la partie proprement « colombienne » du voyage de Humboldt à l’intérieur du continent, notre étude se fonde sur la Relation historique et des Vues des cordillères et monuments des peuples de l’Amérique. Nous utilisons aussi le journal de voyage de Humboldt publié sous le titre de Reise auf dem Rio Magdalena durch die Anden und Mexico (Humboldt, 2003).

(4) La notion d'archétexte introduite en analyse du discours par Dominique Maingueneau désigne «les œuvres qui ont un statut exemplaire, qui appartiennent au corpus de référence d'un ou plusieurs positionnements d’un discours constituant» (Charaudeau, Maingueneau , 2002 : 60).

(5) On appelait bogas les rameurs noirs ou métisses chargés du transport des personnes et des marchandises le long du fleuve Magdalena. Les bogas furent souvent décrits par les voyageurs colombiens comme les représentants aberrants d'un état de barbarie appelé à disparaître avec l'avancée de la civilisation.

 


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       Pour citer cet article :

Colin Philippe, «Discours du payasage, identité(s) et pouvoir en Colombie au XIXème siècle», RITA, N°3 : Avril 2010, (en ligne), Mise en ligne le 6 avril 2010. Disponible en ligne http://www.revue-rita.com/notes-de-recherche-champlibre-36/discours-du-paysage-champlibre-144.html

 

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