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Sécuriser la frontière, insécuriser les frontaliers: les paradoxes de la politique fédérale étatsunienne à la frontière avec le Mexique
How Border Security Makes Border Residents More Insecure. The Paradoxes of U.S. Federal Policies at the U.S./Mexico Border

 

Résumé
Les promesses du Président Donald Trump de lutter contre ce qu’il nomme « l’invasion » de migrants pour assurer la sécurité des citoyens étatsuniens relèvent d’une stratégie politique qui s’inscrit dans un processus de sécurisation de la frontière. L’administration étatsunienne définit l’immigration comme une menace pour la sécurité nationale. Malgré les mesures de sécurisation qui datent des années 1990, et qui ne sont donc pas nouvelles, les villes étatsuniennes et mexicaines continuent d’entretenir des relations diverses, notamment sur les plans économique et culturel. Toutefois, l’article montre comment les mesures prises par l’administration Trump engendrent des effets contradictoires, à savoir le renforcement de la sécurité de la frontière Etats-Unis/Mexique tout en favorisant notamment la montée de l’insécurité dans les régions frontalières. Ainsi, l’article se conclut en mettant l’accent sur le fait que la politique sécuritaire actuelle ne répond pas aux besoins des résidents locaux.

Mots clés : Insécurité; Barrière; Immigration; Sécurisation; Donald Trump.

 

Abstract
President Donald Trump’s promises to fight against what he calls “the invasion” of migrants to secure U.S. citizens fall within a political strategy that is part of a process of border security enforcement. The U.S. administration establishes immigration as a threat to the national security. This article shows that these measures are not totally new, and that they date back to the 1990s. Despite border security enforcement, U.S. and Mexican border towns still maintain several relationships, especially on the cultural and economic levels. However, this article points to the contradictory effects of these measures. They reinforce security at the U.S./Mexico border but also cause insecurity in border regions. The article concludes with the idea that border security does not respond to the needs of border residents.

Key words : Insecurity; Border wall; Immigration; Border security enforcement; Donald Trump.

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Cléa Fortuné

Doctorante en civilisation américaine
Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3

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Sécuriser la frontière, insécuriser les frontaliers: les paradoxes de la politique fédérale étatsunienne à la frontière avec le Mexique

 

Introduction

          En 1987, Ronald Reagan lançait à son homologue russe « Abattez ce mur » en référence au mur de Berlin, annonçant le point de départ d’un monde sans frontières[1]. Pourtant, de nos jours, c’est bien l’inverse qui se produit puisque 65 pays ont construit des murs et des barrières, la moitié d’entre eux au cours du XXIe siècle (Vallet, 2015). Parmi eux, on peut notamment citer le mur de Calais, en France, celui entre Israël et la Palestine ou bien encore celui entre l’Inde et le Bangladesh. Mais l’on peut également évoquer le mur entre les Etats-Unis et le Mexique qui a commencé à être édifié au même moment où l’Accord de Libre Echange Nord Américain (ALENA) était signé en 1994 et qui, paradoxalement, prévoyait la libre circulation des capitaux, des marchandises, de l’information et des personnes. Les chercheurs en sciences sociales ont étudié ce paradoxe de « défrontiérisation » (debordering) et de « refrontiérisation » (rebordering) simultanée en s’intéressant notamment à l’intégration économique et à l’interdépendance des villes frontalières mexicaines et étatsuniennes ou en étudiant plus particulièrement le phénomène de multiplication des maquiladoras côté mexicain et le renforcement sécuritaire côté étatsunien (Andreas et Biersteker, 2003 ; Heyman, 2017 ; Vélez-Ibáñez, 2017).

En ce qui concerne la frontière Etats-Unis/Mexique, le renforcement sécuritaire est une des priorités de l’administration étatsunienne actuelle. Depuis la campagne présidentielle de 2016, Donald Trump affirme qu’il existe une crise à la frontière Etats-Unis/Mexique et fait de la sécurité nationale une priorité. Pour protéger le pays de ce qui y est désigné comme une menace (migrants et trafics de drogue), l’administration fédérale adopte de nouvelles politiques de refrontiérisation à travers la mise en place de dispositifs sécuritaires, à la fois symboliques par l’annonce de la construction d’un « mur », et réels par une surveillance accrue aux frontières. La sécurisation de la frontière, à savoir « l’art de mobiliser un ensemble de moyens financiers et humains afin de mettre en œuvre une gamme de pratiques permettant de fiabiliser un espace sociopolitique spécifique » (Balzac, 2003 : 39-40) est un des moyens principaux par lesquels les politiciens répondent à une inquiétude en lien avec la sécurité des citoyens (Massey, 2016)[2]. Cet article propose d’élargir cette idée et de montrer que les discours et les moyens sécuritaires mis en place aux Etats-Unis ont un impact sur les communautés frontalières, renforçant l’insécurité plutôt que la sécurité. En effet, le discours de Donald Trump sur l’insécurité à la frontière est révélateur d’une déconnexion de la réalité sociale, économique et culturelle dans la région frontalière.

Tout d’abord, nous verrons que le discours de Donald Trump sur l’immigration et la volonté de construire un « mur » n’est pas totalement inédit sur le fond, et nous proposerons une brève histoire de la construction des différentes barrières à la frontière Etats-Unis/Mexique depuis les années 1990. Puis, nous analyserons ce qu’est la vie à la frontière : malgré la sécurisation de la frontière sud, les villes frontalières mexicaines et étatsuniennes continuent d’entretenir entre elles des liens historiques, économiques et culturels. Enfin, nous analyserons les conséquences des mesures de l’administration Trump sur les migrants et sur la population locale grâce aux entretiens menés auprès des résidents de la région frontalière. En effet, dans le cadre d’une enquête socio-ethnographique commencée en 2017 qui vise, entre autres, à rendre compte de la vie à la frontière, soixante-dix entretiens semi-directifs ont été menés auprès d’acteurs frontaliers divers, à savoir des journalistes, historiens, maires, volontaires dans des associations humanitaires, professeurs, étudiants, etc. dans les villes frontalières de Douglas (Arizona, Etats-Unis)/Agua Prieta (Sonora, Mexique), Nogales (Arizona, Etats-Unis)/Nogales (Sonora, Mexique), et San Diego (Californie, Etats-Unis)/Tijuana (Basse Californie, Mexique) (Figure 1). Cet article s’appuie sur plusieurs de ces entretiens qui rendent compte des effets contradictoires des mesures sécuritaires de l’administration Trump, visant à renforcer la sécurité à l’échelle nationale, sans prendre en compte la mobilité et les besoins des résidents frontaliers à l’échelle locale. 

CF Figure1

 Figure 1: Carte de localisation des villes frontalières entre le Mexique et les Etats-Unis. Source: Google Maps. Carte modifiée par C. Fortuné.

I. Brève histoire de la barrière entre les États-Unis et le Mexique depuis les années 1990

            Ces trente dernières années, les administrations étatsuniennes successives ont adopté des politiques de contrôle de la frontière au nom de la sécurité nationale pour la préserver de ce qui est désigné comme une menace, à savoir les migrants et les trafiquants de drogue. A ce titre, Chavez a mis en évidence que  « les immigrés latinos et leurs enfants font l’objet d’un discours dans lequel ils sont représentés comme une menace et un danger pour la nation » (Chavez, 2008: 44)[3]. Les Etats-Unis portent une attention singulière aux Mexicains plus particulièrement, car ils ont longtemps représenté la plus grande minorité d’immigrés en situation irrégulière, avec un pic en 2007 où ils étaient 12,8 millions (soit 57% des immigrés en situation irrégulière). Toutefois, les recherches montrent qu’en 2014 les arrivées d’immigrés mexicains ont chuté (ils représentent aujourd’hui 50% des immigrés en situation irrégulière), et ce notamment à cause de la récession économique des Etats-Unis en 2008. Les Mexicains étaient moins attirés par le pays voisin car le marché de l’emploi s’était détérioré. Par conséquent, certains Mexicains sont rentrés dans leur pays d’origine. Inversement, le nombre d’immigrés en situation irrégulière en provenance d’Amérique centrale (Salvador, Guatemala et Honduras) a augmenté depuis 2007 (Passel et Cohn, 2018). Ces migrations sont présentées comme une menace par Donald Trump, qui promet donc de construire « un mur physique le long de la frontière sud, utilisant une technologie et un matériel approprié pour atteindre avec efficacité un contrôle opérationnel complet de la frontière sud »[4]. Ces promesses ne sont toutefois pas complètement nouvelles : il s’agit de mesures qui prétendent assurer la sécurité nationale des Etats-Unis, qui comptent déjà aujourd’hui 1 100 km de barrière sur les 3 200 km de frontière qui les séparent du Mexique.

Pour définir certains dispositifs sécuritaires qui séparent les Etats-Unis du Mexique, nous utiliserons le terme de barrières. Ce terme se définit comme une « clôture à claire-voie faite d’un assemblage de barres de bois ou de métal, fixe ou mobile selon qu’elle sert à enclore un espace ou à fermer un passage » et qui « s’oppose à la libre circulation entre les Etats des biens et des personnes » (CNRTL, 2019). Il définira les différents types de clôtures présentes le long de la frontière[5].

          A. La construction des différents types de barrières entre les Etats-Unis et le Mexique

C’est sous une administration démocrate que la construction de la barrière a commencée, celle de William Clinton dans les années 1990. « Au début de son premier mandat (1993-1997), le président Clinton n’a pas fait de la lutte contre l’immigration irrégulière un grand enjeu politique [mais] son administration a été rapidement poussée à s’emparer de cette question » (Cohen, 2012 : 74) par la Californie où affluaient « le tiers des immigrants entrés aux Etats-Unis de manière régulière ou non » (Lacorne, 2003 : 118). En effet, en 1994, le gouverneur californien Pete Wilson a profité des inquiétudes des citoyens au sujet de l’immigration et a attribué la responsabilité des problèmes économiques de la Californie – qui connaissait alors une récession – aux immigrés (Massey, 2010 : 29). Il souhaitait ainsi que le gouvernement fédéral lance une opération similaire à celle lancée par le chef de la patrouille frontalière à El Paso (Texas), à savoir Operation Hold the Line et Operation Blockade pour lutter contre une frontière perçue et désignée comme hors de contrôle (Nevins, 2010 : 4). L’administration fédérale a ainsi lancé l’Operation Gatekeeper en Californie le 1er octobre 1994, qui prévoyait de bloquer le flux de migrants irréguliers dans ce secteur en les réorientant vers des zones plus dangereuses car désertiques et moins peuplées, de militariser la frontière en augmentant le nombre d’agents de la patrouille frontalière et d’investir dans la technologie militaire. La première barrière physique a ainsi été érigée en Californie et au Texas également. Elle était faite de plateformes d’atterrissage pour hélicoptères en plaques métalliques, utilisées pendant la guerre du Vietnam (Hattam, 2016 : 29).

         B. Les mesures successives de sécurisation des années 1990 à 2018

Cependant, cette stratégie nationale appelée « prévention par la dissuasion » n’a pas eu pour effet de stopper l’immigration. Elle a au contraire redirigé les migrants vers des zones plus difficiles d’accès, comme l’Etat d’Arizona et son désert, et notamment vers les villes de Nogales et Douglas. Comme ces villes sont devenues des points de passage de migrants, elles ont vu leur première barrière physique se construire après 1994. La sécurisation de la frontière n’a ensuite fait qu’évoluer suite aux attaques du 11 septembre 2001. Le président George W. Bush a signé le  Secure Fence Act  et le  Secure Border Initiative network en 2006, ajoutant une « barrière virtuelle » à la barrière physique (Heyman, 2008 : 305). La barrière a ainsi été équipée de tours avec radars et de détecteurs de mouvements au sol. Les images collectées sont désormais envoyées à la patrouille frontalière qui les analysent et se déploient sur le terrain pour intercepter les trafiquants de drogue et les migrants. Puis sous l’administration Obama, des portions de barrière ont été changées pour qu’elle soit plus robuste. Ainsi, à Douglas, la barrière a été remplacée par des cylindres d’acier. Une deuxième barrière a même été construite au niveau du point d’entrée, séparée de la première par un fossé surmonté de fils barbelés. Dernièrement, en novembre 2018, la « caravane » de migrants centre-américains a été utilisée à des fins politiques par Donald Trump, alors en campagne pour les élections de mi-mandat[6]. Il a déclaré une crise à la frontière, justifiant selon lui l’envoi de soldats pour installer des fils barbelés le long de la barrière, et la fermeture de la frontière pendant quelques heures entre Tijuana et San Diego (Figures 2 et 3). Faisant suite à sa promesse électorale de construire un mur, Donald Trump a également exigé une enveloppe de 5,7 milliards de dollars pour le construire. S’en est suivi le plus long shutdown de l’Etat fédéral de l’histoire américaine, à savoir l’arrêt des activités gouvernementales pendant 35 jours (du 21 décembre 2018 au 25 janvier 2019), faute d’accord avec le Congrès sur le budget à consacrer à la sécurité frontalière.

     CF Figure 2     CF Figure3

Figures 2 et 3 : Barrière entre San Diego et Tijuana (à gauche) et entre Nogales Arizona et Nogales Sonora (à droite), surmontée de fils barbelés (en 2019). Auteure : C. Fortuné.

Cette stratégie relève des « politiques de l’insécurité par lesquelles les élus peuvent minimiser ou donner de l’importance, ou même créer des menaces perçues pour accroître leur soutien électoral et politique » (Béland, 2018)[7]. Ainsi, le gouvernement étatsunien construit l’immigration comme une menace pour les valeurs et l’identité américaine et décide de mesures sécuritaires pour protéger l’intérêt national.

II. La vie à la frontière, un espace d’interactions et de vie au quotidien

            Si la sécurisation de la frontière Etats-Unis/Mexique n’est donc pas entièrement nouvelle, et qu’elle s’est déroulée sous les différentes administrations des trois dernières décennies, les villes frontalières mexicaines et étatsuniennes restent liées par leur histoire et par leurs multiples formes d’échanges qui contribuent à l’intégration de la zone frontalière.

          A. Des liens historiques incontestables

Les villes frontalières étatsuniennes étaient des territoires mexicains jusqu’à la signature du Traité de Guadalupe Hidalgo en 1848 qui a marqué la fin de la guerre américano-mexicaine (1846-1848) et la cession par le Mexique de la moitié de son territoire initial. En 1853, l’Achat Gadsden[8] finit d’établir la frontière telle qu’on la connaît actuellement : les Etats-Unis achètent les territoires du sud de l’Etat actuel d’Arizona et du sud-ouest du Nouveau-Mexique pour construire une voie de chemin de fer reliant le sud des Etats-Unis à la côte ouest. La plupart des habitants mexicains de la région ont accueilli ce changement et ont participé au maintien et au développement des relations entre le Mexique et les Etats-Unis en restant vivre soit du côté étatsunien, soit du coté mexicain (Sheridan, 2012 : 65). Ils ont entretenu jusqu’à ce jour des liens familiaux et amicaux des deux côtés de la frontière, et ce en dépit de la sécurisation. Des résidents frontaliers de Douglas et Agua Prieta expliquent : « Soy ni de aquí, ni de allá. I am neither from here nor from there »[9]. Ils n’habitent pas d’un côté ou de l’autre de la frontière, ils habitent les borderlands, une région située à proximité de la frontière qui a sa propre identité (Martinez, 1994). Ainsi, le dimanche soir, les files d’attente pour passer du Mexique aux Etats-Unis sont longues – environ deux heures à Nogales (Figure 1) – et sont dues au retour des résidents étatsuniens qui ont rendu visite à leur famille du côté mexicain. Le vendredi soir, les adolescents mexicains-américains vont passer du temps sur la plaza mexicaine, puis appellent leurs tías (leurs tantes) qui viennent les chercher pour les reconduire au point d’entrée où ils traversent à pieds et son récupérés par leurs parents du côté étatsunien[10].

         B. Des relations économiques aussi importantes que diverses

Les deux pays entretiennent également des liens économiques forts. Environ « 1,7 milliard de dollars de biens et de services traversent la frontière tous les jours, ainsi que presque un-demi million de travailleurs, étudiants, personnes qui viennent faire leurs courses ainsi que les touristes » (Tankersley et Swanson, 2019)[11]. Ces liens sont tellement importants qu’en 2008, des investisseurs privés ont lancé l’initiative CaliBaja, contraction des noms Californie (Etats-Unis) et Baja California (Mexique). Il s’agit d’une méga-région dont le but est de renforcer l’intégration économique des villes frontalières, en particulier de San Diego et Tijuana (Figure 1). « Connue localement en référence à la cuisine hybride qui mélange la cuisine californienne et la cuisine de l’Etat de Baja California au Mexique […] [c]ette région binationale […] cherche à promouvoir son attractivité en faisant du branding, [c’est à dire] du marketing territorial pour attirer des investisseurs » (Christophe Sohn, 2017). Ainsi, cette région binationale de sept millions d’habitants compte des entreprises des deux côtés de la frontière, dans les domaines du biomédical, de l’aérospatial, de l’agroalimentaire, du manufacturier et du tourisme (CaliBaja, 2019). Un exemple de ce marketing territorial est l’ouverture en 2015 du Cross Border Xpress (CBX), un pont pédestre construit au-dessus de la barrière sécuritaire qui permet l’accès à l’aéroport de Tijuana depuis San Diego, créant ainsi le premier aéroport binational. Il a été construit car « les déplacements internationaux pour le plaisir ou le business sont un moteur économique essentiel pour la région entière » selon Carlos Laviada, un des investisseurs[12]. Le tourisme médical est un autre facteur économique important dans les villes frontalières mexicaines. Par exemple, Los Algodones (Basse Californie, Mexique) (Figure 1) est une petite municipalité connue pour ses quatre rues principales où s’alignent les 350 cabinets de dentistes, d’ophtalmologistes et de pharmacies et qui dépend pour sa survie d’une clientèle venant à 98% des Etats-Unis et du Canada (Cobelo, 2016).

         C. Une culture transfrontalière

En ce qui concerne les interactions culturelles, de nombreux projets binationaux voient le jour à la frontière. Pour ne citer que quelques exemples, un appel à projet a été lancé en 2017 par le consulat mexicain, la Casa Cultural d’Agua Prieta et la mairie de Douglas pour peindre la barrière du côté mexicain. Un des artistes dont le projet a été retenu a peint une Catrina – squelette féminin et figure emblématique de la culture mexicaine – en mémoire des migrants qui meurent dans le désert alors qu’ils tentent de traverser vers les Etats-Unis (Figure 4).

CF Figure4 1

Figure 4 : Catrina peinte par Joe sur la barrière à Agua Prieta (2017). Auteure : C. Fortuné

D’autres types de projets binationaux culturels sont les représentations théâtrales à la frontière, comme celles organisées par Jenea Sanchez, une artiste de Douglas/Agua Prieta qui se définit de la façon suivante :

En tant que personne, je suis consciente de ma catégorisation culturelle : je ne me considère ni comme mexicaine, ni comme américaine […]. Alors que le climat sociopolitique de la région frontalière reste controversé, je poursuis la conversation sur la perméabilité et sur la façon dont la frontière actuelle peut être ré-imaginée (Sanchez, 2019)[13].

Cette artiste qui a grandi à la frontière a fondé le Border Arts Corridor, une organisation à but non lucratif qui propose des représentations, des ateliers et des dialogues publics à cette communauté des borderlands (Sanchez, 2019). Par exemple, en octobre 2018 elle a invité des artistes mexicains et étatsuniens à se produire des deux côtés de la barrière, afin que les spectateurs des deux côtés de la frontière puissent assister à la représentation, qui portait sur les problématiques migratoires des femmes: la séparation de la famille et des enfants à travers une danse, le viol à travers un poème, ou encore les liens au pays d’origine à travers le théâtre.

III. Insécurité pour les migrants et les résidents frontaliers : les conséquences des mesures de l’administration Trump

              Malgré la sécurisation de la frontière Etats-Unis/Mexique, les résidents frontaliers continuent de tisser des liens entre les villes frontalières. Toutefois, la rhétorique et les mesures sécuritaires de l’administration Trump ont des conséquences sur les vies à la frontière.

         A. Une insécurité grandissante pour les migrants

Dans le but de décourager l’immigration, l’administration Trump modifie les procédures qui concernent les demandeurs d’asile. Jusqu’à aujourd’hui, les demandeurs d’asile se présentent à un point d’entrée et passent un entretien – nommé credible fear interview – avec un agent d’octroi d’asile qui détermine si la demande est fondée sur un risque crédible de persécution ou de torture. Si le demandeur réussit l’entretien, il peut demander sa mise en liberté aux Etats-Unis contre une caution, en attendant la date de l’audience – ayant lieu des mois plus tard – qui fera aboutir ou non la demande. Selon le Department of Justice, 89% des demandeurs d’asile assistent à leur audience pour recevoir une décision (Isidoridy et Kizuka, 2019). Toutefois, Donald Trump affirme que seulement 2% d’entre eux se présentent à l’audience, d’où sa volonté de stopper le système de « catch and release », à savoir le fait d’appréhender un migrant et de le relâcher aux Etats-Unis le temps que l’audience ait lieu. En janvier 2019, l’administration Trump a donc signé les Protocoles de Protection de Migration (Migration Protection Protocols), aussi connu sous le nom de Remain in Mexico (« Rester au Mexique »), sur les prémisses que les demandeurs d’asile ne se présentent pas à leur audience. Cette action gouvernementale stipule que les individus qui demandent l’asile ne pourront plus être relâchés aux Etats-Unis et qu’en attendant leur audience, ils seront reconduits au Mexique (DHS, 2019). En outre, le 29 avril 2019, Donald Trump a signé un mémorandum pour que l’administration ajoute des mesures renforçant la sécurité frontalière. Ainsi, le procureur général William Barr – nommé par Donald Trump en février 2019 suite à la démission forcée de Jeff Sessions[14] – a signé un ordre exécutif ordonnant aux juges d’immigration de refuser aux migrants de déposer une caution pour être relâchés jusqu’à ce qu’ils se présentent à l’audience (Benner and Shear, 2019). L’administration souhaite également imposer des frais administratifs aux migrants s’ils veulent demander l’asile (Trump, 2019). Or, très souvent, les migrants ne sont pas en mesure de payer et cette initiative les rendrait encore plus vulnérables. En effet, les mesures de l’administration étatsunienne ont d’importantes répercussions sur les migrants dans les villes frontalières mexicaines, en particulier sur les 13 000 d’entre eux qui sont sur listes d’attente pour demander l’asile, sans compter ceux qui sont en attente d’être inscrits sur ces listes (Mark, 2019).

Ainsi, non seulement les politiques restrictives de l’administration Trump n’ont pas dissuadé les migrants d’entreprendre un dangereux parcours, mais elles profitent au crime organisé dont l’économie est en plein essor. À leur arrivée dans les villes frontalières, les migrants sont immédiatement exposés à ce que les locaux appellent « la mafia ». A Agua Prieta, les cartels les attendent à la descente du bus pour leur demander de payer 500 dollars US sur le champ afin d’avoir le droit de rester dans la ville. Pour éviter d’avoir à payer cette somme, certains migrants prennent un Uber depuis Hermosillo – capitale du Sonora – jusqu’à Agua Prieta. Les migrants représentent une source de revenus considérable pour le crime organisé. C’est pourquoi les volontaires qui avaient pour habitude d’aller chercher les migrants à la station d’autobus pour les conduire au centre d’accueil de migrants ont du arrêter cette pratique, ayant reçu des menaces de mort. Le centre d’accueil d’Agua Prieta a une capacité d’accueil de 44 migrants. Or, en mai 2019, ils étaient 160, originaires de Russie, des pays du Triangle du Nord (Honduras, Salvador et Guatemala), mais la majorité venait du Guerrero, un des Etats mexicains les plus pauvres et les plus violents, devenu l’un des principaux producteurs d’opium au Mexique en réponse à la demande croissante en héroïne aux Etats-Unis (Hootsen, 2017). Ainsi, comme l’explique Correa-Cabrera, le renforcement de la sécurité à la frontière va de pair avec une meilleure organisation et un plus grand développement du crime organisé (Mark, 2019)[15].

         B. L’insécurité engendrée par les mesures sécuritaires nationales pour les résidents de la région frontalière

Fermer la frontière nuit aux migrants mais aussi à l’économie des villes frontalières étatsuniennes. Par exemple, les résidents d’Agua Prieta qui ont les documents nécessaires pour aller aux Etats-Unis « contribuent à hauteur de 80% de l’économie de Douglas », notamment car ils vont faire leurs courses au centre commercial Walmart qui se situe à dix minutes à pied et cinq minutes en voiture de la frontière[16]. D’ailleurs, pour accélérer le passage de la frontière en évitant le trafic et les embouteillages, un programme de facilitation appelé SENTRI a été mis en place en 2013. Les frontaliers ayant les moyens de payer ce programme peuvent traverser dans une voie réservée, et évitent ainsi les temps d’attentes trop longs. Les maires des deux villes considéraient ce programme comme « un exemple de comment deux pays se sont réunis pour faire face à un problème d’une grande importance, pour le bien-être des résidents des deux communautés qui célèbrent le résultat d’un vrai partenariat de collaboration binationale » (Maldonado, 2013)[17] Toutefois, ces lignes sont aujourd’hui souvent fermées faute d’agents du service des douanes et de la protection des frontières (Customs and Border Protection) qui ont été redéployés à d’autres points d’entrée, notamment à El Paso (Texas) où les arrivées de migrants sont plus nombreuses.

En outre, de moins en moins de résidents mexicains viennent faire leurs courses à Douglas. Comme nous l’a expliqué le maire de la ville, Robert Uribe, ceci est dû à « un sentiment de peur, d’angoisse, de confusion, d’incertitudes ». Lors des élections présidentielles étatsuniennes de 2016, les résidents mexicains « disaient qu’ils allaient être reconduits à la frontière »[18]. Par conséquent, faute de clients, les petits commerces sont contraints de fermer et la ville doit trouver une autre solution pour redynamiser l’économie. Mais là aussi la rhétorique du président retient les investisseurs d’installer leurs entreprises dans les villes frontalières étatsuniennes. Récemment, Amazon cherchait une localisation pour ouvrir un centre de distribution. La ville de Douglas a fait une proposition afin de redynamiser son économie et de fournir du travail aux nombreux chômeurs[19]. Mais comme nous l’a précisé Robert Uribe, « la rhétorique qui se joue [à l’échelle fédérale] autour des communautés frontalières, sur le fait qu’elles sont dangereuses, qu’elles font peur, n’intéressent généralement pas les investisseurs pour investir dans des endroits pareils »[20]. La ville de Douglas est un exemple parmi d’autres petites villes frontalières qui cherchent à stimuler leur économie mais qui souffrent des mesures et des discours de l’Etat fédéral.

Enfin, fermer la frontière aurait également un impact conséquent sur les élèves qui vivent du côté mexicain et qui vont à l’école du côté étatsunien. Une étudiante de 18 ans témoigne de son quotidien : née en Californie de parents mexicains qui ont été appréhendés et reconduits à la frontière, elle se lève tous les matins à 5h30 pour aller prendre le bus qui la dépose au point d’entrée à 6h30. De nombreux autres élèves étant dans la même situation, il lui faut environ 30 minutes pour passer la frontière, où elle récupère un bus du côté étatsunien qui l’emmène à l’université[21].

Conclusion

           Ces trente dernières années, les administrations étatsuniennes successives ont décidé de mesures sécuritaires mises en place à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis qui ne reflètent pas les besoins des résidents à la frontière. Le gouvernement fédéral a contribué à associer l’image du migrant à une menace contre laquelle il faut protéger le pays, renforçant les dispositifs de sécurité à la frontière pour la rendre imperméable. Mais ces mesures engendrent une insécurité pour les résidents frontaliers qui vivent une vie binationale et traversent la frontière d’un pays à l’autre pour diverses raisons, entretenant ainsi les liens historiques, économiques et culturels entre les villes des deux pays. La sécurisation entraîne toutefois une diminution des mouvements à la frontière[22], ce qui engendre une baisse des revenus économiques des villes frontalières étatsuniennes. Elle entraîne également une insécurité croissante pour les migrants, vulnérables au crime organisé qui profite des mesures de renforcement sécuritaire pour se développer et générer une économie parallèle. Les discours de l’administration Trump sur l’insécurité et la crise à la frontière Etats-Unis/Mexique ainsi que les mesures sécuritaires prises par l’Etat fédéral pour protéger l’intérêt national sont donc en décalage avec la réalité sociale, économique et culturelle de la région frontalière.

Cet article n’a soulevé que quelques-unes des formes d’insécurité engendrées par les barrières frontalières. D’autres risques, comme ceux causés par les changements environnementaux sur les hommes, doivent être analysés. Comme l’explique le journaliste Todd Miller, « le mouvement des réfugiés est le mouvement de demain » : « le réchauffement climatique – qui affecte d’ores et déjà le nord du Honduras : inondations, érosion, ondes de tempête, hausse du niveau de la mer, etc. – aura pour conséquence inévitable une immigration massive » (Miller, 2017 : 94). De nouveaux travaux de terrain pourront nous permettre d’analyser ces risques.

 

Notes de fin

[1] Discours de Ronald Reagan (« Tear down this wall! ») le 12 juin 1987 à Berlin à Mikhaïl Gorbatchev.

[2] « its enforcement has become a central means by which politicians signal their concern for citizens’ safety and security in a hostile world ». Toutes les traductions présentées dans ces notes sont de l’auteure.

[3] « Latino immigrants and their children constantly find themselves the object of a discourse in which they are represented as a threat and a danger to the nation » (Chavez, 2008: 44).

[4] « construct a physical wall along the southern border, using appropriate materials and technology to most effectively achieve complete operational control of the southern border » (Trump, 2017).

[5] A ce propos, Simonneau (2015) explique le choix sémantique de barrière plutôt que de mur dans sa thèse intitulée « ‘Il nous faut une barrière !’. Sociologie politique des mobilisations pro-barrière en Israël et en Arizona (Etats-Unis) . Il précise notamment que le terme barrière est « une synecdoque pour désigner l’ensemble du processus de militarisation » (Simonneau, 2015 : 58-60)

[6] La « caravane » fait référence à des déplacements de populations qui fuient la violence, la pauvreté et la persécution dans leurs pays d’origine. La première « caravane » s’est déplacée en avril 2018 mais n’a pas été médiatisée. En revanche, la caravane de novembre 2018 – constituée de 7 000 migrants selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés – qui est partie du Honduras et a traversé le Guatemala et le Mexique en direction des Etats-Unis a été fortement médiatisée, dans le contexte des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Une campagne populaire sur les réseaux sociaux qui critiquait le président du Honduras a rassemblé des milliers de Honduriens formant la caravane, à laquelle se sont joints des migrants du Nicaragua, El Salvador et du Guatemala. Cette façon de se déplacer en groupe procure une certaine sécurité aux migrants, sur des chemins dangereux contrôlés par le crime organisé (Correal et Specia, 2018).

[7] « Another complementary way to understand Trump’s anti-immigration bent is the politics of insecurity, by which elected officials can downplay, inflate, or even fabricate perceived threats to increase their electoral and political support ».

[8] En 1853, le Président étatsunien Franklin Pierce envoie son ambassadeur au Mexique, James Gadsden, négocier l’achat de territoires mexicains au sud de l’Etat actuel d’Arizona et au sud-ouest de l’Etat actuel du Nouveau Mexique. L’Achat Gadsden (Gadsden Purchase) est approuvé en 1854 et définit les frontières actuelles entre les Etats-Unis et le Mexique.

[9] Entretien avec Ginny Jordan, résidente de Douglas et Agua Prieta, le 9 mai 2019.

[10] Entretien avec des étudiants de Douglas, le 17 septembre 2018.

[11] « Nearly $1,7 billion of goods and services flow across the border daily, as well as nearly a half-million legal workers, students, shoppers and tourists ».

[12] « Intercountry travel for leisure and business is a critical economic driver for this entire region ».

[13] « As a person I am aware of my cultural categorization, neither as native Mexicana nor Americana […] As the sociopolitical climate of the border region remains controversial, I continue the conversation of permeability and how the perception of the actual line of the border can be reimagined ».

[14] Jeff Session a été forcé de démissionner en novembre 2018 suite à son retrait dans l’enquête sur l’ingérence russe lors de la campagne présidentielle de 2016. Cette démission s’inscrit dans une série de départs forcés sous l’administration Trump. Nous pouvons également citer celui de Kirstjen Nielsen, en charge du Department of Homeland Security jusqu’en avril 2019, qui avait défendu la politique de séparation des familles de migrants. Malgré ces mesures de séparation, le président étatsunien a indiqué que la politique migratoire des Etats-Unis devait être plus sévère.

[15] « Hand in hand with the strengthening of border enforcement comes sophistication and greater development, more organization of smuggling networks ».

[16] « Mexican shoppers contribute to 80% of Douglas sales revenue ». Entretien avec Robert Uribe, maire de la ville de Douglas (Arizona), le 11 octobre 2017.

[17] « Officials of the twin cities considered this lane as “an example of how … two countries came together to address an issue of great importance to the welfare of the residents of the two communities [who] celebrate the results of a true collaborative binational … partnership ».

[18] « I think there was a sense of fear, anxiety, confusion, uncertainties […]. Because there were a lot of changes. I mean we had a new president. Their peso was high so they weren’t shopping here, they were concerned, people were saying ‘I’m going to get deported’. So there was a lot of confusion, a lot of fear ». Entretien avec Robert Uribe, maire de la ville de Douglas (Arizona), le 11 octobre 2017.

[19] Le taux de chômage à Douglas est de 5,6% contre 3,9% à l’échelle du pays. Le taux de pauvreté à Douglas est de 31,9% contre 12,3% à l’échelle du pays (DataUSA, 2014).

[20] « What’s very challenging is that the rhetoric that plays out about border communities being dangerous, being scary, investors are not really typically excited to invest in places like these. Right? ». Entretien avec Robert Uribe, maire de la ville de Douglas (Arizona), le 11 octobre 2017.

[21] Entretiens avec des étudiants de Douglas, le 4 mai 2019.

[22] Voir les données statistiques annuelles et mensuelles de l’Arizona-Mexico Economic Indicators sur les traversées des piétons, de véhicules et de camions entre les villes frontalières mexicaines et étatsuniennes.

 

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Pour citer cet article

Cléa Fortuné, « Sécuriser la frontière, insécuriser les frontaliers : les paradoxes de la politique fédérale étatsunienne à la frontière avec le Mexique », RITA [en ligne], n°12 : septembre 2019, mis en ligne le 12 septembre 2019. Disponible en ligne: http://revue-rita.com/regards-12/securiser-la-frontiere-insecuriser-les-frontaliers-les-paradoxes-de-la-politique-federale-etatsunienne-a-la-frontiere-avec-le-mexique-clea-fortune.html