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Les représentations littéraires à l’épreuve de la sociologie : le cas des femmes sino-américaines 

Dans cet article, il s’agira de revenir sur la façon dont les concepts de race et de genre s’articulent nettement lorsque l’on aborde la question des représentations littéraires de femmes américaines issues de minorités ethniques, ici, des communautés sino-américaines. Mais, l’étude de la relation dialectale entre ces deux termes met en lumière des positionnements tant théoriques que sociaux qui sont source de tension. Le propos sera de montrer l’intérêt d’une analyse comparative à partir de trois types de représentations : celles de femmes sino-américaines dans la littérature, celles que les Sino-américaines peuvent avoir d’elles-mêmes et celles qu’elles ont des représentations de leur groupe dans la littérature...

... En d’autres termes, l’enjeu sera de mettre les débats littéraires entre race, genre et représentations dans la fiction à l’épreuve du social. Cette approche permet de se démarquer des approches classiques qui visent à analyser la production littéraire sino-américaine soit comme un objet esthétique autonome, soit en partant du constat que la littérature produite par des Sino-américaines n’est envisagée qu’en tant que littérature ethnique. Le but de cette autre approche sera de comprendre dans quelle mesure ces débats et les représentations littéraires ont une influence dans les représentations et constructions identitaires des femmes sino-américaines afin d’évaluer leur poids sur la scène sociale.

Mots clés : Femmes ; Littérature ; Race ; Représentations ; Sociologie.

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Juliette Ledru

Doctorat en Etudes Anglophones

Université du Havre, GRIC

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Les représentations littéraires à l’épreuve de la sociologie :
le cas des femmes sino-américaines 

 

  

Introduction

          Lorsqu’elle porte sur les membres des minorités ethniques aux États-Unis, l’étude des rapports et inégalités hommes-femmes nous invite à explorer l’articulation qui se fait entre les concepts de race et de genre. Qu’il s’agisse de l’étude des acteurs des divers groupes, des mouvements sociaux auxquels ces derniers ont participé, ou des productions culturelles qui en sont issues, cette articulation devient lieu d’expression de tensions. Dans le cadre de cet article, nous verrons que ces rapports, ces dominations de genre et raciales se posent de façon très nette lorsque l’on aborde le champ littéraire, notamment la littérature dite ethnique.  L’étude des questions raciales et de genre se fait ici à travers le prisme des femmes sino-américaines. Nous nous interrogerons sur la façon dont les femmes sino-américaines sont représentées dans la littérature sino-américaine, mais également sur la façon dont les Sino-américaines elles-mêmes envisagent ces représentations, et les représentations qu’elles peuvent avoir d’elles-mêmes. L’enjeu de cette approche sera de mettre la fiction à l’épreuve de la sociologie, c’est-à-dire d’étudier les similitudes et les décalages entre représentations littéraires et représentations personnelles de femmes, et également d’analyser dans quelle mesure les débats et les représentations littéraires ont un impact sur les représentations et les constructions identitaires des femmes sino-américaines. Avant toute chose, je souhaiterais définir les concepts d’identité et de représentation. Par identité, j’entends divers sentiments d’appartenance (processus d’identification) et de non-appartenance (construction d’une différence, mise en avant d’une altérité) qui permettent à l’individu de se singulariser. Au-delà des propriétés intrinsèques de la personne telles que les attributs physiques, j’envisage l’identité comme une construction permanente, d’ordre interactionnelle, se faisant par rapport à Autrui, qu’il soit individu, ou groupe – économique, culturel, politique ou social. Autrui nous renvoie des schémas, des modèles, que nous choisissons –consciemment ou non– de reproduire, de nous approprier ou de refuser. Il existe cependant une hiérarchie entre ces différentes appartenances, hiérarchie subjective, et non figée.  La mise en avant de certaines appartenances, les différentes facettes identitaires seront donc fonction des interactions, des groupes dans lesquels la personne évolue. L’identité est par conséquent plurielle et est fonction des espaces sociaux dans lesquels les individus interagissent. Cela nous mène au concept de représentation, dans la mesure où l’identité sera entendue comme espace de représentations. Par représentations, j’entends les différentes façons de dessiner les contours d’une personne : ses attributs physiques, les interactions et rapports sociaux (de sexe, familiaux, professionnels), les centres d’intérêts, les modes de consommation, de vie. Ces représentations sont construites tant par l’individu que par Autrui. 

Pour aborder ces questions de représentations, cette analyse se déroulera en trois temps. Il s’agira tout d’abord de présenter le genre comme enjeu et lieu de tensions entre revendications raciales et féministes dans le cadre de la littérature, ces dernières pesant dans les débats concernant les représentations identitaires des Sino-américaines. Sera ainsi analysée l’articulation race et genre dans le cas spécifique de la communauté sino-américaine et nous montrerons que les inégalités de genre sont utilisées pour asseoir une domination raciale et masculine sur les femmes asiatiques, notamment en termes de représentations sociales, politiques et culturelles. Cela nous amènera dans une seconde partie à présenter la méthodologie propre à ce travail de recherche, à savoir combiner des outils d’analyse littéraire et des outils sociologiques pour comparer ces diverses représentations sociales et littéraires et les analyser dans leur relation dialectale. Enfin, des premières analyses seront présentées, ainsi qu’une mise en perspective plus large que ce projet de recherche suscite.

I. Race et genre : thématiques entrelacées et conflictuelles 

A. L’articulation race-genre au cœur des inégalités hommes/femmes: la communauté sino-américaine

          Aux États-Unis, le terme races a toujours été teinté d’une couleur particulière et se voit utilisé pour faire référence à des groupes tant ethniques que sociaux. Les historiens américains Caroline et Arnold Rose définissent le concept de race comme « un groupe d’individus possédant des caractéristiques physiques et une origine commune suffisamment différentes pour distinguer ce groupe d’autres individus »(1) (Rose, 1949 : 5), tandis que Thomas Gosset rappelle les enjeux derrière les concepts de race aux États-Unis. Il explique en effet que les définitions du terme évoluent au fil des siècles, notamment au 19ème siècle où les théories scientifiques serviront de support pour alimenter les inégalités sociales et les rapports de force au profit du groupe blanc occidental tentant de maintenir l’asservissement des minorités ethniques. Ainsi, dans la classification raciale qui s’est opérée aux 18ème et 19ème siècles aux États-Unis, la catégorie « mongoloïde » (mongoloid) était utilisée pour faire référence aux personnes originaires d’Asie mais également aux Amérindiens. Les amalgames entre race et nation, race et groupe ethnique montrent ainsi combien le concept de race, plus qu’un marqueur biologique de différence, est en réalité une construction sociale à part entière, comme le rappelle Franz Fanon dans son ouvrage Peau noire, masques blancs (1952). Lorsque nous nous penchons sur le cas de la communauté sino-américaine, ceci est d’autant plus criant. En effet, les Chinois sont décrits de façon institutionnelle comme une race à part entière (recensement de 1870), image également véhiculée par divers acteurs sociaux de l’époque : « Les Chinois sont inférieurs à toutes les races que Dieu ait jamais créées…»(2) (Wollenberg, 1970 : 93). Dès 1882, la population immigrante chinoise puis la population sino-américaine de façon plus large s’est vue exclue du processus d’immigration avec le Chinese Exclusion Act, loi qui discrimine explicitement un groupe sur la base de son origine ethnique.  Par conséquent, en fonction du contexte historique et social, deux images ont longtemps été représentatives de la communauté sino-américaine dans l’imaginaire américain. Tout d’abord, celle du model minority. Ce stéréotype qui prend ses marques dans les années 1960 véhicule les prétentions assimilationnistes du mythe du melting pot : les Américains d’origine asiatique ont réussi à s’intégrer à la société américaine, beaucoup sortent des grandes écoles, deviennent ingénieurs, médecins. Ils auraient tous assimilé les valeurs américaines et seraient tous la preuve que la discrimination raciale est un fléau du passé. La seconde représentation est celle du coolie, travailleur exploité. Stigmatisé, le coolie devient le bouc émissaire des politiques et des syndicats, jusqu’à se voir politiquement, et de fait, socialement et économiquement, exclu du territoire américain en 1882. C’est la concomitance de cette loi avec la Loi Page de 1875 qui mène à la construction de la communauté sino-américaine en une communauté d’hommes célibataires où les femmes, rares, représentent, pour reprendre l’expression de Ronald Takaki, « une minorité dans la minorité »(3) (Takaki, 1993 : 209). En effet, la Loi Page interdit l’immigration de prostituées d’origine chinoise, japonaise ou toute autre ethnie dite de type « mongoloïde ». Les femmes chinoises venant aux États-Unis étant toutes considérées comme de probables prostituées au regard des Américains, hommes, blancs constituant le groupe dominant, leur statut se voit donc réduit à ce stéréotype.  Ce traitement, que nous pourrions qualifier non sans ironie, « de faveur », envers ces femmes, nous invite à considérer ici la question du genre. Dans son ouvrage Trouble dans le Genre, Judith Butlerdéfinit le genre en ces termes : « Le genre, c’est la stylisation répétée des corps, une série d’actes répétés à l’intérieur d’un cadre régulateur des plus rigide, des actes qui se figent avec le temps de telle sorte qu’ils finissent par produire l’apparence de la substance, un genre naturel de l’être » (Butler, 2006 : 109-110). Le genre, qu’elle qualifie de construction sociale de la différence des sexes, est révélateur et porteur de rapports de pouvoir et de domination qui s’établissent entre les sexes. Ainsi, affublées du stéréotype de la femme docile, faible et apolitique, les femmes issues de la communauté chinoise aux États-Unis se voient donc doublement discriminées : elles doivent faire face à la discrimination raciale et à la discrimination de genre. Cette discrimination envers les Chinois rendra le statut des femmes on ne peut plus inexistant sur la scène économique, politique, mais surtout sociale, et ce de façon pérenne. On le voit ici, les conflits de genre et les conflits raciaux sont liés et ne peuvent se penser de façon cloisonnée. Cela nous invite donc à aborder la question de la thématique race-genre comme étant au cœur des interrogations et conflits identitaires. Qu’en est-il de ce débat dans les cercles intellectuels et littéraires des communautés asiatico-américaines ?

B. Débats et conflits littéraires et théoriques : enjeux de la littérature et rôle de l’auteur.e

Les années 1960 marquent un tournant social et intellectuel. En effet, en 1965 est votée la loi pour les droits civiques, et les mouvements sociaux et politiques entrainent la mise en avant des revendications des diverses minorités. De ce fait, les années 1960 puis 1970 voient émerger de nouvelles revendications, de nouvelles voix : il ne s’agit plus d’exister, en marge, il s’agit de revendiquer une place qui est la leur sur le territoire tant politique, économique que culturel américain. Nombre de femmes ont ainsi choisi la fiction comme moyen de représenter leur groupe ethnique. A travers ces représentations peuvent s’expriment revendications et oppositions aux stéréotypes, discriminations, violences imposées tant à leur genre qu’à leur appartenance ethnique. Donner voix aux femmes, rompre les silences tant dans la production littéraire que dans la narration – voici un moyen de s’opposer aux schémas que la société dominante voudrait les voir incorporer. Ce faisant, ces auteures tentent de négocier leurs constructions et représentations des femmes dans leurs identités, et de sortir du carcan de représentations dominantes et déjà bien ancrées. Néanmoins, remettre en question le système binaire et inégal du genre, c’est également se soumettre aux critiques de ceux qui voient en la lutte féministe un obstacle à la lutte contre la discrimination raciale. Nous verrons à travers la guerre de plumes (the pen war) que se sont livrés Maxine Hong Kingston et Frank Chin, et notamment les violentes attaques de ce dernier à l’encontre des auteures sino-américaines, combien le propos féministe peut être perçu comme inapproprié. De même, Chin se voit le porte-parole d’une génération d’auteurs et critiques au propos androcentrique, qui, en revendiquant une littérature à domination chinoise et japonaise, masculine, hétérosexuelle, exprime les souffrances d’individus qui virent leur masculinité mise en péril par les représentations dominantes, émasculant les Chinois et les Américains d’origine chinoise tant de façon législative que culturelle (exemple du mythe du Péril Jaune). Le genre devient donc le lieu où les tensions se cristallisent, mais également où les identités se redéfinissent, se négocient et il contribue ainsi aux revendications ethno-raciales.

Dans le cadre des représentations tant littéraires que sociales de la communauté sino-américaine, l’articulation race-genre-représentations culturelles constitue ainsi un véritable terreau de luttes tant raciales que de genre. En effet, pour des auteurs sino-américains tels que Frank Chin, la question du racisme, de l’oppression et de la discrimination raciale est le fondement même des luttes qui doivent animer les membres des communautés asiatiques, et le thème central des œuvres littéraires produites. A cette vision certes sociohistorique, mais sommes toutes androcentrique, de la littérature vient s’opposer celle d’auteures telles que Maxine Hong Kingston, qui ont choisi de positionner la femme et la question du genre au cœur de leurs ouvrages. Cette guerre de plumes est fortement représentative des tensions qui se jouent lorsque l’on se penche sur la question des revendications féministes aux États-Unis depuis les années 1960 et 1970. En effet, les femmes issues des minorités ethniques se trouvent dans une position où diverses revendications s’opposent mais se font écho. Si dans les cercles féministes de la première heure la question raciale n’est pas centrale, elle joue pourtant un rôle indéniable dans la construction et l’oppression des femmes issues de ces minorités. A contrario, dans les cercles où les revendications raciales et ethniques se font entendre, la question du genre n’est pas centrale ; or, pour ces femmes qui sont des minorités dans la minorité, l’oppression et la discrimination sont d’autant plus fortes et violentes du fait de leur sexe. Les débats d’idées qui font rage dans les cercles littéraires sont par conséquent hautement représentatifs des enjeux qui se jouent sur la scène sociale. Certains ouvrages ont ainsi été taxés d’orientalisme (tel que le définit Edward W. Said dans son ouvrage de 1978, L’Orientalisme : l’Orient créé par l’Occident), ou tout du moins de se plier à l’horizon d’attente du lecteur américain. Bella Adams revient sur la controverse Amy Tan : « Le premier roman de Tan, The Joy Luck Club, a été accusé de vouloir perpétuer l’opposition binaire et orientaliste entre des mères chinoises immigrantes, rétrogrades, asservies et asservissantes, et leurs filles nées aux États-Unis, libres et éclairées »(4) (Adams, 2008 : 122). Ainsi, la mise en avant d’œuvres dites emblématiques conforte l’idée selon laquelle la littérature sino-américaine est une littérature mineure homogène, forte de certains thèmes dits classiques, érigés en véritables tropes (relations avec la mère, la crise identitaire, la discrimination, ou a contrario le mythe du model minority). Ces choix de publications façonnent des normes et des attentes. On attend en effet d’une minorité d’auteures devenues emblématiques qu’elles mettent en scène l’expérience supposée universelle de la communauté sino-américaine.

C. De la nécessité d'unedémarche d’autoreprésentation

Au tournant des années 1970 et dans les années 1980(5), des intellectuelles et/ou auteures asiatico-américaines ont choisi de prendre les armes, à savoir leurs plumes, et de se lancer dans un mouvement d’autoreprésentation : aux représentations mainstream, elles proposent d’opposer la publication d’anthologies rassemblant des écrits par des Américaines d’origine asiatiques qui n’ont jamais été publiées. Cette démarche de se prendre en main, ou en plume, en dit long sur le besoin de se positionner non plus en tant que minoritaires et inaudibles, mais en tant qu’actrices, non plus objets mais sujets, l’enjeu étant ainsi de faire état de la variété des identités, des représentations multiples, hybrides, et de sortir du carcan des représentations imposées. Ce besoin de se réapproprier les représentations et constructions identitaires des Asiatico-américaines reflète donc les enjeux qui se jouent dans la production d’œuvres de fiction : si la représentation est construction, alors il faut veiller à mettre à jour la pluralité des constructions identitaires, et des représentations qui en donnent lieu. Néanmoins, si les représentations littéraires peuvent êtres perçues comme un miroir (parmi d’autres) de la société, de ses actrices, il faut à mon sens dépasser ce cadre théorique et littéraire et le mettre à l’épreuve du social. En d’autres termes, qu’en est-il des représentations que se font les Sino-américaines d’elles-mêmes ? Viennent-elles confirmer ou infirmer ces représentations fictives ? Sont-elles influencées par ces constructions littéraires et par ces débats ? Dans une seconde partie, il conviendra maintenant de présenter la méthodologie propre à ce travail de recherche, afin de mettre ces débats à l’épreuve du regard sociologique, en proposant de lier des outils d’analyse littéraire à des outils sociologiques. 

II. Les représentations littéraires à l’épreuve de la sociologie 

A. Cette autre approche des Etudes Anglophones 

          Dans le paysage des études anglophones en France, l’analyse des représentations est accueillie de façon contrastée. Les littéraires se méfient d’une lecture d’œuvres de fiction où l’accent n’est pas mis sur l’œuvre comme produit autonome, aux vertus esthétiques et littéraires, mais justement comme un support de représentation. Envisager la littérature comme forme de représentation sociale, identitaire, comme discours métahistorique est largement décrié. A contrario, les tenants d’une approche « dure » de la civilisation peuvent s’opposer à une telle approche qui donne autant de place à l’analyse littéraire des ouvrages de fiction qu’à l’étude civilisationniste de la communauté sino-américaine. Les chercheurs en Cultural Studies y verront de leur côté une approche somme toute cohérente avec leur champ de recherche. L’approche que je propose se démarque ainsi plus particulièrement de par la perspective sociologique que j’intègre dans ce travail de recherche : l’enjeu est de pouvoir opérer une analyse comparative entre les représentations dans la fiction et les représentations exprimées par des Sino-américaines. Quelles sont mes hypothèses de recherche ? En lisant les romans écrits par des Sino-américaines et mettant en scène des Sino-américaines en tant que personnage central, il revient toujours, décliné de diverses façons, une trame de base où ressurgissent les mêmes « ingrédients ». Ensuite, ces romans offrent une pluralité de lectures, de représentations de femmes au-delà de cette trame de base. Néanmoins, sur une quarantaine d’ouvrages dans mon corpus, seules quatre ou cinq auteures feront l’objet d’articles universitaires ou seront connues des premières enquêtées interviewées… et ce sont ces auteures là qui sont dites emblématiques et qui de fait servent de « support » de compréhension ou d’appréhension des expériences sino-américaines féminines. De ce fait, dans ce travail de recherche, j’émets l’hypothèse selon laquelle les témoignages des enquêtées montreront le décalage qu’il existe avec ces ouvrages mainstream littéraires, et que ce décalage est sûrement du au statut même de l’ouvrage, produit d’une stratégie de maison d’édition et répondant à un horizon d’attente. Ensuite, parce que justement ces quarante œuvres offrent une pluralité de représentations, je tiens à interviewer des femmes qui justement me permettront de mettre à jour des parallèles et décalages avec ces ouvrages. Cela permettra de mettre à jour les indicateurs de constructions et de représentations identitaires qui se retrouvent dans les deux champs, et d’étudier quels sont ceux qui offrent des ruptures (ie dans les perspectives professionnelles, ou le traitement des sexualités), et comment il sera possible d’en analyser les conséquences.

B. Méthode littéraire

Avant d’aborder ce point sociologique, il me faut néanmoins revenir sur la méthode d’analyse des ouvrages de fiction. Pour constituer mon corpus, je me suis tournée vers l’étude de romans dans la mesure où c’est sous forme de romans que les écrits sino-américains se trouvent popularisés. Il s’agira ici d’analyser des romans publiées après 1965 par des Sino-américaines de la seconde génération (ou génération 1.5) mettant en scène des femmes de seconde génération aux États-Unis. Mon ambition est d’aller au-delà des représentations proposées dans les œuvres phares, et donc de tenter l’exhaustivité. Comme je l’ai indiqué, 1965 marque un tournant dans les écrits : revendication de la places des Asiatiques et des femmes. Cette année marque surtout l’essor d’une pluralité d’écritures, d’une hybridité qui force à faire sauter les verrous catégoriels des représentations des femmes sino-américaines. Pourquoi seconde génération ? Il s’agit d’analyser la construction et les représentations identitaires de femmes qui se trouvent dans ce qui a été analysé et défini comme une situation de l’entre-deux : l’entre-deux culturel, géographique, identitaire, générationnel.  En proposant une étude des représentations des femmes dans la littérature, je cherche à atteindre deux objectifs : d’une part, une analyse synchronique permet d’étudier la façon dont la multiplicité des appartenances et non-appartenances sont abordées et négociées. D’autre part, une analyse diachronique de ces œuvres permettra de mettre ces ouvrages en perspective historique et sociale. Les représentations littéraires et identitaires, sont évidemment portées par le vent de changement qui souffle selon les époques, selon les événements. Les constructions identitaires des personnages vont donc être fonction non seulement des contextes d’écriture, mais également des trajectoires personnelles des auteures. Il s’agira ce faisant d’analyser les divers indicateurs de représentations identitaires des personnages. Quels sont ces indicateurs qui permettent de dresser les contours d’un personnage féminin, de le définir, de le construire ? Dans ces ouvrages, ces indicateurs de représentations s’inscrivent dans les sphères individuelle, à travers le rapport de ces femmes à leurs corps (descriptions du corps, critères de beauté, de féminité fragmentation corps/esprit, folie, prostitution), familiale (oppositions générationnelles, culturelles, fratrie), interpersonnelle, à partir des rapports sociaux de sexe (dont les rapports de dominations, objectivation des femmes), des modalités de formation des relationsaffectives (mixité, mariage, sexualités), professionnelles et sur les rapports interethniques (assimilation, passing, discrimination, communauté, catégorisations raciales – ABC#FOB). D’autres thèmes (dits narratifs) sont répertoriés car ils contribuent à l’économie du roman, ils sont bien évidemment révélateurs et participent à la construction et aux représentations des personnages : destin, nourriture, violence, suicide, histoire de la Chine, tradition, tabous, mythes, fantômes. Ensuite, mon projet est donc de mettre ces représentations littéraires à l’épreuve de la sociologie, et d’analyser dans quelle mesure les représentations que les actrices sociales ont d’elles-mêmes viennent confirmer, contredire, ou alimenter les représentations dans les romans. Seront ainsi étudiés les similitudes et décalages qui ont lieux entre ces deux champs de représentations. Ce faisant, il sera ainsi possible d’analyser la façon dont des femmes se représentent, envisagent leurs rapports sociaux, familiaux, professionnels et autres, et d’analyser comment sont négociés les rôles et places des différents facteurs de constructions identitaires.

C. Méthodologie sociologique et pont 

Plusieurs outils sociologiques vont être utilisés pour mener à bien les enquêtes de terrain. En premier lieu, la mise en place d’entretiens semi-directifs. Si le panel d’enquêtées tente de regrouper en priorité un ensemble de femmes issues de la seconde génération résidant à San Francisco(6) et dans la Bay Area(7) (ce qui inclut les villes d’Oakland et de San Jose), nous pouvons également envisager des entretiens auprès de premières ou troisièmes générations, voire plus, ce qui pourra bien évidemment informer l’analyse des représentations en jeu par le biais des comparaisons. Concrètement, obtenir des témoignages dans le cadre de ce projet nécessitait de faire une démarche tout d’abord à distance. J’ai donc fait le choix de contacter différentes associations – étudiantes ou non, ethniques, de femmes (Women’s groups), LGBT (Queer and Asian par exemple) – qui, de par leur appellation, mettaient en avant une appartenance avant une autre (le genre, l’ethnicité, l’appartenance sexuelle, ou une combinaison de plusieurs). Cela offrait de fait la possibilité de discuter de la pluralité des appartenances : pourquoi un groupe de femmes, pourquoi une association basée sur l’ethnicité ? Quelle différence ? Quel choix ? Cette première démarche a débouché sur l’instauration d’un premier contact dans ces réseaux, et a rendu possible mon insertion dans le cadre d’une association locale. Par ailleurs, j’ai mené des entretiens auprès de femmes de seconde génération alimentant mes contacts, encore à enrichir une fois sur le terrain. J’ai pour l’instant réalisé des entretiens auprès de trois personnes : CS, qui réside à San Jose et est infirmière ; Molly, qui réside dorénavant à Los Angeles et travaille dans la finance et enfin Callie, qui réside en ce moment en Chine où elle enseigne l’anglais. Ces femmes ont toutes fait des études, deux ont travaillé dans la finance, une est infirmière. Néanmoins, je ne souhaite pas me restreindre à des voix issues de milieux économiques favorisés ou ayant un profil intellectuel. En effet, le statut socio-économique des enquêtées pose également des limites à la notion de représentativité, car elles constituent un groupe sommes toutes exclusif : femmes ayant fait des études, de potentielles lectrices… Une fois sur le terrain, j’espère pouvoir avoir accès à des personnes ayant peut-être un autre statut socio-économique. Il faut toutefois l’admettre, la notion de réception des ouvrages sous-entend que les femmes seront lectrices, d’un type particulier de romans, ce qui permet d’établir l’hypothèse d’un lien entre les représentations de ces femmes et leur milieu social d’appartenance. Une des difficultés majeures de cette approche réside dans la convergence des deux champs d’analyse. Peut-on véritablement comparer le littéraire et le sociologique ? Comment faire dialoguer des femmes « réelles » et des femmes « fictives » ? Le « pont » théorique et méthodologique que je tente de construire entre ces deux champs se fait sur la notion de réception par la lectrice. En me fondant sur les théories de la réception et en axant mes entretiens de façon préalable sur leurs témoignages et réceptions quant aux œuvres littéraires étudiées en amont, j’essayerai ici de mettre en regard ces deux formes de représentations. Comment mesurer l’impact de ces représentations sur les représentations qu’ont les femmes d’elles-mêmes ? S’il est difficile de demander aux enquêtées de verbaliser une réponse quant à cette question, il est possible de tenter d’évaluer leur opinion quant à ces œuvres : si elles les lisent, si elles s’identifient, comment elles les reçoivent. En dernière partie de cet article, grâce à ces premiers entretiens effectués par téléphone, je vais présenter les premiers résultats et premières analyses à partir des thématiques que j’ai évoquées précédemment, les rapports de sexes, familiaux, professionnels, ce qui participe aux représentations que forment les enquêtées d’elles-mêmes.

III. Premiers éléments d’analyses et perspectives de recherche plus larges

A. Premières analyses

          Les premiers témoignages d’enquêtées ont permis d’établir des premières comparaisons et décalages au regard des représentations fictives. Ces enquêtées ont toutes en commun un bagage universitaire ou tout du moins post-baccalauréat, ont entre 35 et 40 ans, et ont à un certain moment lu des romans sino-américains. Leurs expériences et représentations sont néanmoins diamétralement opposées. Certes, les indicateurs de représentations répertoriés dans les tableaux littéraires se retrouvent à beaucoup d’égards : les oppositions culturelles avec les parents (sur les hobbies, la notion de respect, les choix d’études), la question de l’héritage culturel et ethnique, les interactions dans les communautés ethniques (on peut noter une tendance à évoluer dans les cercles asiatiques). Les nombreuses occurrences de discrimination et de racisme que l’ont retrouve dans les romans, de même que les questionnements ethniques et de genre sont néanmoins bien moins mis en avant dans les entretiens. Pour Molly, seul un souvenir de remarque à caractère raciste aura été remémoré, tandis que CS fera état de nombreux cas d’insultes. Il est intéressant de noter que les personnes qui dénoncent les discriminations, plus ou moins latentes, raciales et de genre sont également des personnes qui s’inscrivent en marge d’un point de vue normes et aux attentes familiales. Par exemple, CS fait partie de l’association South Bay Queer & Asian. Elle refuse avec vigueur de lire des romans écrits par des femmes sino-américaines : « Non pitié, pas encore une histoire d’immigrantes ! »(8) Elle est très au fait des représentations stéréotypées et peut rappeler de nombreux cas de remarques au racisme latent, comme cette remarque d’un professeur: « Es-tu silencieuse parce que tu es asiatique ou parce que tu es une fille ? »(9), ou encore cette remarque d’un docteur (elle est infirmière) : « Pour une étrangère, vous avez vraiment bien appris l’anglais.»(10)

De son côté, Callie a tout quitté (elle était en passe de devenir  Directrice financière chez MTV Networks à New York) pour vivre sur une montagne en Chine et étudier le taôisme auprès de moines comme le lui a conseillée une medium, après divers épisodes alliant fantômes et signes prémonitoires et surtout l’impression que sa route n’était pas la sienne. D’un point de vue relations familiales, l’opposition générationnelle est donc forte, car elle exprime le fait que bien que ses parents soient ravis qu’elle explore son héritage chinois, ils auraient préféré qu’elle le fasse de façon plus traditionnelle, en prenant deux semaines de congés et en gardant son emploi fort lucratif. Cette trajectoire semble de façon surprenante tout droit sorti d’un roman d’Amy Tan et les indicateurs de représentations de femme, de vie, de choix font grandement écho à ceux présentés dans certains de ses romans. Quant à sa réception des œuvres, Callie évoque le fait d’avoir apprécié de trouver des lectures sino-américaines lors de la sortie des œuvres d’Amy Tan, mais qu’elle s’est vite lassée de la trame trop répétitive de ces romans. Elle estime qu’il n’y a nul besoin de fiction, et que la vie offre suffisamment d’histoires intéressantes.

Enfin, Molly exprime un intérêt très relatif pour les romans sino-américains. Elle en a lu, de nouveau les Amy Tan, et a trouvé les représentations des femmes et des interactions somme toute exactes : dans les représentations des traditions mais surtout dans les stéréotypes – les personnages économes voire avares en l’occurrence. Selon elle, la littérature n’influence pas nos comportements : nous sommes nés et éduqués d’une certaine façon, et les représentations ne font que décrire d’autres expériences. Si elle évoque la mixité blanc-asiatique comme pouvant exister dans ses relations affectives, ces dernières sont néanmoins influencées par des critères raciaux : qu’elle fréquente une personne afro-américaine serait mal vu par ses parents. Cette configuration de mixité n’apparait pas non plus dans les romans.

B. Les sexualités comme lieu de tension et d’articulation des questions de genre et raciales

Aborder les inégalités de genre, les relations de pouvoir et de domination qui s’établissent entre hommes et femmes, mène en toute cohérence aux normes et relations de domination dans le champ des sexualités. En effet, le thème de la sexualité et des sexualités s’inscrit véritablement dans cette étude des inégalités hommes-femmes et des problématiques liées au genre et à la race. La sexualité de façon générale est un sujet qui n’a été abordée dans la littérature sino-américaine que de façon très récente. Si la sexualité des personnages devient explicite dans les années 1990, elle demeure néanmoins très timide et normative. L’homosexualité est mentionnée, mais demeure en marge : remarques à caractère homophobe de la part de différents personnages et les quelques personnages homosexuels que l’on peut trouver sont soit stigmatisés, soit en situation d’échec affectif et/ou familial. Comme le constatent les théoriciens queer Eng et Hom, les homosexuels asiatico-américains sont généralement représentés comme étant d’un côté « la lesbienne invisible », de l’autre « l’homo efféminé ultravisible »(11) (Eng & Hom, 1998 : 12). Or, cette question de la visibilité et de l’invisibilité va de paire avec le questionnement concernant les représentations qu’ont les Sino-américaines d’elles-mêmes et de celles proposées dans la littérature. Ainsi, chez CS, enquêtée qui était membre d’une association queer et asiatique, les appartenances identitaires raciales et sexuelles se négocient constamment. Elle évoque qu’elle évolue dans des cercles asiatiques, qu’elle se sent mal à l’aise dans un groupe dans lequel elle est la minorité ethnique, et qu’elle préfère être la minorité ethnique dans un groupe d’homosexuels. Elle se sent en décalage par rapport aux Asiatiques hétérosexuels. Ces divers sentiments d’appartenance et de décalage informent sur la façon dont la personne se représente et s’identifie selon le groupe dans lequel elle s’inscrit, et le facteur des sexualités entre en ligne de compte dans les représentations sociales de soi et de l’autre. Etre homosexuel.le et asiatique, c’est, in fine, être doublement inscrit dans une démarche de marginalisation.

C. Représentations masculines

Dans ce travail de recherche, j’ai choisi de me focaliser sur les représentations de femmes sino-américaines par des femmes, car il est vrai que c’est un pan de la littérature qui est peu ou proue étudié. Les auteures dites emblématiques le sont, mais dans un cadre littéraire pur, et le fait qu’il s’agisse toujours de ces auteures donnent lieu à la possibilité d’élargir le champ d’analyse littéraire. Cela ne signifie pas que j’entends mettre de côté les représentations des hommes et des rapports sociaux de sexe dans les romans, ou dans les entretiens. Les rapports hommes/femmes sont évidemment au cœur de cette étude, et informent les représentations que les femmes ont d’elles-mêmes. De même, les rapports hommes/femmes apparaissent de façons diverses dans les romans, et dans les témoignages, et ils sont à analyser en fonction des trajectoires de vie personnelles et professionnelles des femmes. En effet, dans Girl In Translation de Jean Kwok, le personnage de Kimberly qui travaille dans un sweatshop de Chinatown ne fait pas la même expérience des rapports sociaux de sexe que le personnage d’Alex, avocate dans un grand cabinet new-yorkais dans China Dolls de Blossom Kan et Michelle Yu. Cela étant, si l’on ne peut penser les représentations des femmes sans penser les représentations des femmes par des hommes, j’ai fait le choix de ne pas me lancer dans le cadre de cette recherche dans l’étude des romans écrits par des hommes. Mais cette perspective sera à étudier dans des travaux ultérieurs, de façon à offrir de nouvelles perspectives comparatives.

Conclusion

          L’étude des minorités ethniques aux États-Unis, à travers le prisme de la notion de représentations, qu’il s’agisse des représentations de femmes sino-américaines dans la littérature, de celles que les Sino-américaines peuvent avoir d’elles-mêmes ou de celles qu’elles ont des représentations de leur groupe dans la littérature, nous montre bien combien les notions de race et de genre entretiennent une relation tant dichotomique que dialectale. Mais c’est en démontant les rouages des inégalités hommes-femmes prises dans l’étau des discriminations raciales que nous pouvons véritablement mettre en lumière combien les revendications des minorités ethniques et les discriminations qu’elles subissent peuvent être sources de tensions à l’intérieur même de leur groupe. La question des appartenances, des revendications, qu’elles soient raciales, féministes, de classes, ou autres, suscite ainsi un positionnement – voulu ou imposé – pour l’auteur.e d’ouvrages de fiction dite ethnique. Les représentations des femmes sino-américaines dans la littérature sino-américaine peuvent donc être envisagées comme emblématiques – d’un groupe, d’une époque, d’une culture. L’un des enjeux de cette approche évoquée dans le cadre de cet article était de justement de mettre en regard les représentations fictives et les représentations par des femmes. L’approche qui aura donc été proposée pour répondre à cette question est d’envisager une démarche sociologique, où une enquête de terrain aura pour enjeu de mettre la fiction à l’épreuve de la sociologie. Les premiers résultats d’analyse des entretiens effectués en amont de l’enquête de terrain prévue offrent déjà des premiers éléments de réponse. Les auteures connues des enquêtées sont les auteures dites emblématiques (Amy Tan, Maxine Hong Kingston), et les rapports sociaux de sexe liés aux rapports raciaux sont au cœur de leurs expériences quotidiennes. In fine, combiner une approche sociologique à une approche littéraire et civilisationniste dans le cadre d’un travail de recherche en Etudes Anglophones permet ainsi d’inscrire mon propos dans une perspective véritablement propre aux Cultural Studies, à savoir de croiser différentes disciplines, avec pour ambition d’apporter un nouvel espace de réflexion sur des thématiques souvent abordées séparément. 

 

 

Notes de fin

(1) « A race is a group of people with a number of inborn physical characteristics and a common ancestry sufficiently different from those of other people to make the group distinctive ». 

(2) « ‘The Chinese are inferior to any race God ever made…’ » déclarait en 1877 Frank M. Pixley, syndicaliste californien.

(3) « Twice a Minority », expression qui se trouve être l’intitulé d’un chapitre de l’ouvrage de Takaki.

(4) « Tan’s first novel, The Joy Luck Club, is criticized for its perpetuation of the Orientalist binary opposition between backward, enslaved and enslaving Chinese immigrant mothers and enlightened and free American-born daughters ».

(5) Ceci s’inscrit dans un contexte social et culturel de revendications diverses et fait écho à une volonté plus étendue de la part des femmes et des minorités à publier ce type d’ouvrages.

(6) Selon le recensement effectué par le gouvernement en 2010,  on compte 805 235 habitants à San Francisco, dont 21,4% d’origine chinoise. Chiffes disponibles à l’adresse suivante : http://quickfacts.census.gov/qfd/states/06/0667000.html

(7) En 2010, la Bay Area recensait 7,15 millions d’habitants dont 23,3% d’origine asiatique. Ces chiffres sont consultables sur le site gouvernemental à l’adresse suivante : http://www.bayareacensus.ca.gov/bayarea.htm

(8) « Not another immigrant story, please ! ».

(9) « “Are you quiet because you’re Asian or because you’re a woman?”».

(10) « “You’ve got a very good knowledge of American colloquialisms.” ».

(11) « the invisible AA lesbian, the hypervisible AA male sissy ».

   

 

Bibliographie 

Adams Bella (2008). Asian American literature. Édimbourg: Edinburgh University Press.

Butler Judith (2006). TROUBLE dans le GENRE: le féminisme et la subversion de l’identité. (1990) Trad. Kraus, Cynthia. Paris : Ed. La Découverte.

Eng David L. et Hom Alice Y. (1998). Queer in Asian America. Philadelphie : Temple University Press. 

Ertel, Rachel, Fabre, Geneviève, et Marienstras, Elise (1971). En marge : les minorités aux Etats-Unis. Paris : Librairie François Maspero.

Fanon, Franz (1971). Peau noire, masques blancs. (1952) Paris: Seuil. 

Hagedorn Jessica (1993). Charlie Chan is dead 2 : at home in the world. New York : Penguin Books.

Hall Stuart (2007). Identités et cultures : politiques des Cultural Studies. Trad. Jaquet, Christophe. Paris : Ed. Amsterdam. 

Kan, Blossom, et Yu, Michelle. China dolls : a novel. New York : Thomas Dunne Books, 2008.

Kwok, Jean. Girl in translation : a novel. New York : Riverhead Books, 2010.

Takaki Ronald (1993). A different mirror : a history of multicultural America. Toronto : Little, Brown & Company.

Wollenberg Charles (1970). Ethnic conflict in California history. Los Angeles : Tinnon-Brown Inc.

 

 

Pour citer cet article        

Ledru Juliette, « Les représentations littéraires à l’épreuve de la sociologie : le cas des femmes sino-américaines », RITA, n°6: février 2013, (en ligne), mis en ligne le 28 février 2013. Disponible en ligne:http://www.revue-rita.com/inegalites-hommes-femmes/juliette-ledru.html