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  • Renaissance d'une société indienne au Royaume du Chili: luttes de pouvoir au sein du caciquat indigène de Copiapo, 1677

Enrique Alberto Cortés Larravide

Renaissance d’une société indienne au Royaume du Chili : luttes de pouvoir au sein du caciquat indigène de Copiapo, 1677

En janvier 1677, le Protecteur des Indiens du Royaume du Chili se présenta au nom de l’Indien Juan Saxmay devant le tribunal de la Real Audiencia pour revendiquer le caciquat de l’encomienda de la vallée de Copiapo...

...Le procès qui s’ensuivit au cours de l’année 1677, dont nous avons retrouvé la trace en 2008 aux archives nationales chiliennes (Archivo Nacional de Chile (1). Real Audiencia (2), vol. 1763, n° 1, El Protector por la defensa de Don Juan Sacmay contra Francisco Taquia) et qui sera l’objet de la présente étude, nous amènera à nous interroger sur les formes de pouvoir autochtone dans la vallée. Il nous permettra ainsi d’évaluer les changements survenus à la suite du nouvel ordre colonial imposé par les autorités espagnoles et de nous pencher sur la question des réadaptations expérimentées par la chefferie indienne au cours des XVIe et XVIIe siècles. En effet, ce document met en scène la confrontation de ce qui nous semble être deux traditions historiques et ethniques de la région.

Mots clés : Ethnohistoire andine coloniale ; Chefferie ; Procès judiciaire ; Copiapo.

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Enrique Cortés Larravide

Ethnologue (DEA, Paris Descartes)

Doctorant Anthropologie et Histoire

IHEAL-CREDA (Université Paris3) – Universidad de Chile

 

Renaissance d’une société indienne au Royaume du Chili : luttes de pouvoir au sein du caciquat indigène de Copiapo, 1677

 

 Introduction

          L’ordre colonial établi voire imposé par les Espagnols dans les Andes au XVIe siècle transforma profondément les systèmes politiques précolombiens. Ceux-ci, résultats de longs processus historiques(3), furent ainsi rapidement mis en échec par l’établissement de nouvelles règles religieuses, économiques, politiques, judiciaires, administratives, sociales et coutumières qui, dans les sociétés andines, faisaient souvent partie d’un ensemble interconnecté. En outre, la mise en place par les autorités coloniales d’un système d’occupation de l’espace jusque-là inconnu des populations locales et matérialisé par la réduction des Indiens dans des villages et la fin de leur dispersion territoriale mit un terme aux rapports tissés par les différents groupes ethniques entre eux, leurs territoires, leurs économies et leurs systèmes politiques respectifs. Toutes ces mutations furent favorisées par les efforts consentis et endurés par les populations durant la période de contact. Les guerres de résistance ébranlèrent en effet les économies locales et les systèmes sociopolitiques autochtones.

Dans le cas de Copiapo, l’histoire de ce processus n’a été abordée que partiellement, pas plus que ne l’ont été les changements survenus au sein de la chefferie. L’ethnohistorien chilien Jorge Hidalgo a constaté que les sources coloniales permettaient de conclure à l’existence de systèmes politiques duaux à Copiapo et dans les vallées voisines au moment du contact, c’est-à-dire vers 1535-1545 (Hidalgo [1971a] 2004 ; 1972), mais dans l’état actuel des recherches, il est difficile de connaître l’ancienneté de ce type de formation politique. Les sources permettent d’affirmer que ce système était en place durant la période préhispanique (ibid.) mais nous ignorons s’il fut implanté par les Inkas ou bien s’il fut le résultat de dynamiques qui précédèrent la dite période Inka. Nous savons, en revanche, que la dualité politique perdura durant les premières décennies de la Colonie puisque certains documents coloniaux attestent qu’elle était encore en pleine vigueur en 1573(4). La dualité politique disparut sans doute peu de temps après puisque plus aucun témoignage ne fait par la suite allusion à elle, sans que nous puissions établir les raisons de sa disparition. Les documents du XVIIe siècle montrent l’apparition d’une nouvelle figure politique jusqu’alors absente de la réalité politique locale : le cacique, chef unique de l’ensemble des Indiens originaires de la vallée.

A travers l’étude du procès judiciaire qui eut lieu entre le 18 janvier 1677 et le 24 janvier 1678(5), nous nous interrogerons, ici, sur l’avènement de cette nouvelle forme de pouvoir indigène à Copiapo. Ce travail sera divisé en deux parties. Dans la première, nous aborderons les conséquences pour les Indiens de Copiapo de la colonisation espagnole. Dans la seconde, nous tenterons de comprendre les mécanismes en jeu dans les changements survenus au sein de la chefferie locale.

 I. Le caciquat colonial à Copiapo : préambule

             Lorsque le procès débuta, près d’un siècle et demi s’était écoulé depuis la pacification des populations de la vallée par les Espagnols : le processus débuté en 1536 s’était terminé en 1551. Ces guerres de résistance provoquèrent un grand nombre de pertes humaines, y compris au sein de la classe politique locale. Selon Hidalgo, le déclin démographique amorcé entre 1535 et 1545 fut de l’ordre de 60% (Hidalgo [1971b] 2004). Pour la période suivante (1545-1558), selon les chiffres avancés par la Visita de Santillán, on observe une baisse de 50% (Santillán [1558] 2004), alors qu’entre 1558 et 1595 la baisse atteint 75% (Mariño de Lovera [1595] 1865). Il en résulte que la conquête puis la colonisation espagnoles furent à l’origine, en soixante ans (1536-1595), d’une chute vertigineuse de la population autochtone, proche de 95%. Par ailleurs, de nombreux chefs ethniques furent exécutés dès les premiers instants du contact (Molina [1545] 1942:58 ; Oviedo [1557] 1885:268). Nous ignorons quelles furent les répercussions de cette hécatombe démographique parmi la société autochtone et les formes de pouvoir local. La pacification durable de la région vers 1551(6) fut suivie par la mise en place à Copiapo d’une encomienda qui regroupait tous les indigènes de la vallée sous la tutelle du capitaine et gouverneur Francisco de Aguirre, le seul Espagnol qui réussit à vaincre les armées locales.

Les villages connurent eux aussi un déclin rapide et finirent par être abandonnés. L’archéologie (Castillo 1998 ; Iribarren 1958 ; Niemeyer 1986) et la documentation coloniale (Santillan [1558] 2004) attestent de l’existence de plusieurs hameaux indigènes répartis tout le long de la vallée durant la première moitié du XVIe siècle (7) alors qu’au début du XVIIe siècle seul le Pueblo de Indios de San Fernando de Copiapó persistait encore (ANCh. RA, vol. 50, s/n). Le recul des terres occupées et exploitées par la population locale fut le résultat d’un ensemble de facteurs interdépendants. La démographie ne suffit pas à justifier ce recul ; la volonté des autorités coloniales de regrouper les habitants au sein de villages indiens hispanisés semble avoir participé à l’abandon de ces sites(8). Un autre facteur est celui de l’octroi de terres agricoles aux Espagnols (mercedes de tierras) : ce système a d’une part progressivement verrouillé l’accès des populations locales à la terre tandis que ces dernières étaient habituées à des logiques d’exploitation différentes, souvent saisonnières, répondant parfois à des cycles plus longs et non soumises au système de propriété individuelle. D’autre part, l’établissement de ces mercedes de tierras a permis le développement d’haciendas et d’estancias dont le système de production ne pouvait être rentable qu’à condition de posséder une main d’œuvre locale servile (Salazar 2003). Enfin, un dernier facteur, spatial, est venu renforcer cette dynamique : la situation géographique de la vallée, le rapport des groupes autochtones à cet espace, et les modifications entérinées par les Espagnols dans la démarcation de ces territoires.

Carte 1 : La vallée de Copiapo et la macro-région environnante.

 

Carte 2 : Le Norte Chico septentrional.

La vallée de Copiapo est enclavée dans une zone aride : au nord se trouve le désert le plus sec au monde (Atacama) et au sud des terres stériles entrecoupées de vallées vertes (région du Norte Chico). Le fleuve Copiapo et ses affluents (Jorquera, Pulido y Manflas) sont tous originaires de la cordillère des Andes, et présentent pour la plupart un débit régulier durant toute l'année. La vallée est donc une longue oasis qui s’étend de l'océan Pacifique jusqu'à la cordillère des Andes. Toutefois, la vallée n’est pas simplement un fleuve au milieu du désert. Située à la convergence du Norte Chico, des steppes salées de la Puna (limites australes du Haut-Plateau andin), du désert d’Atacama, des hauts sommets volcaniques de la cordillère des Andes, de l’océan Pacifique, des vallées diaguita-calchaquies et de Cuyo, la vallée de Copiapo doit également être considérée comme un territoire de transition entre les différents espaces géographiques voisins et les nombreux territoires ethniques. Or, l’administration coloniale redessina ces espaces non seulement en fonction du regroupement des populations au sein de villages mais également au moyen de frontières : alors la vallée de Copiapo devint représentative de cette nouvelle conception des territoires et des groupes autochtones. En d’autres termes, alors qu’avant l’arrivée des Espagnols la vallée constituait une frontière géographique, avec les nouvelles configurations coloniales elle devint également une frontière humaine. Les rapports entretenus entre les différents groupes(9) furent fortement affectés non seulement par ce nouveau découpage réformateur de l’espace mais également par les nouvelles orientations économiques prises par les communautés elles-mêmes sous l’impulsion des colons espagnols. C’est dans ce contexte que les systèmes politiques préhispaniques de pouvoir dual allaient être marginalisés et rapidement oubliés tandis que se profilait déjà à l’horizon de la société autochtone de Copiapo la nouvelle figure du pouvoir : le cacique.

 II. Le procès de 1677-1678 : la consécration du caciquat colonial à Copiapo

          Le procès de 1677 allait servir de catalyseur à la société indigène de Copiapo pour se réorganiser à différentes échelles, après de longues décennies de déstructuration sociale, politique et économique. D’après les sources coloniales(10), depuis l’annexion définitive de la vallée et de ses habitants en 1551, les Indiens de la vallée semblaient avoir accepté les conditions infligées par le nouvel ordre espagnol. Avant le début du procès, des chefs indiens avaient vendu des terres(11), les habitants été témoins dans des différends entre colons ou encore à l’occasion d’actes ecclésiastiques comme les baptêmes et mariages.

Ce procès est le premier acte par lequel les Indiens se placent en tant qu’acteurs de leur propre avenir vis-à-vis des Espagnols. En effet, alors que la procédure judiciaire qui nous occupe ne semble être, de prime abord, qu’une affaire entre deux Indiens de la même encomienda (Juan Saxmay et Francisco Taquia), c’est la première fois depuis la pacification que les Indiens de Copiapo s’adressent aux autorités coloniales pour plaider une cause et demander la résolution d’un problème auquel ils se trouvent confrontés.

A. Ascendance et légitimité : la preuve par le sang

Nous ignorons ce qui déclencha cette affaire. D’après les documents du procès, les Indiens subissaient continuellement des abus de la part des Espagnols (ANCh. RA, vol. 1763, n° 1:fs. 2r). Pourtant, malgré la gravité de la situation, Juan Saxmay ne s’adressa pas au tribunal de la Real Audiencia en raison de ces abus mais parce que selon lui le cacique don Francisco Taquia, censé défendre les intérêts des Indiens, ne remplissait pas correctement ses fonctions. Saxmay l’accusa en effet d’avoir quitté la vallée et de s’être installé dans la vallée voisine de Huasco en abandonnant les siens à leur sort (op.cit.:fs. 2v). L’accusation se fonda sur le fait que ce chef n’en aurait pas été un ; il aurait pris la place de cacique arguant d’un ancêtre lointain qui n’aurait été en réalité qu’un simple sous-chef de l’ancien cacique de Copiapo (ibid.). Fort heureusement pour les Indiens, Saxmay, qui prétendait être le réel héritier du caciquat, habitait également la vallée et accepta d’assumer le rôle de cacique que lui conféra le tribunal en première instance le 14 novembre 1677 (op.cit.:fs. 3v-4r).

Qui étaient ces deux Indiens qui s’affrontèrent lors de ce procès ? Les pièces de celui-ci indiquent que Juan Saxmay serait le fils de Juan Tanamilla et de Magdalena Saxmay, cette dernière étant la fille de Constansa Llancamilla dont le père ne serait autre que le Casique Principal de Copiapo, don Pedro Pilcuntegua (op.cit.:fs. 2v). Le seul personnage sur lequel nous possédions des références parmi cette ascendance est Magdalena Saxmay. Chaque fois qu’elle est mentionnée c’est en rapport avec des actes religieux en tant que doña Magdalena Saxmay (Obispado de Copiapo(12). Libro I de Bautismos). C’est l’une des seules femmes indiennes qui officiait en tant que marraine pour des baptêmes d’enfants espagnols(13). Son appellatif de doña et le fait d’avoir tissé des liens particuliers avec des Espagnols de la région nous amènent à penser qu’elle jouissait à cette époque d’un statut éminent parmi les Espagnols et les Indiens de la vallée. Néanmoins, malgré ce statut, à aucun moment elle n’est désignée comme cacique de la vallée. De plus, lors du baptême d’une indienne, alors même que doña Magdalena Saxmay apparaît en tant que marraine, celui qui est désigné comme le curaca(14) et qui participe également à la cérémonie en tant que parrain de l’enfant n’est autre que don Francisco Taquia (op.cit.:fs. 4v). Or, lors du procès, ce dernier déclara être le fils de don Alonso Taquia, petit-fils de don Francisco Taquia, et arrière petit-fils de don Francisco Chamisca (ANCh. RA, vol. 1763, n° 1:fs. 6v), ce qui lui permit d’être reconnu en appel comme le cacique des Indiens de la vallée de Copiapo (op.cit.:fs. 7r).

Image 1 : Ascendance de Juan Saxmay.

 

Image 2 : Ascendance de don Francisco Taquia.

Au-delà de l’issue de ce procès visant à l’identification par les autorités d’un héritage reconnu comme légitime depuis plus de trois générations, ce sont les fondements historiques des allégations de chaque partie qui retiennent l’attention. Sur quels éléments Juan Saxmay se basa-t-il pour affirmer que l’ancêtre du cacique de Copiapo ne serait qu’un sous-chef occupant une position qui ne lui serait pas légitimement destinée (fs. 2v) ? Et que signifie l’affirmation de don Francisco Taquia selon laquelle Juan Saxmay ne serait qu’un indio mitaio del dicho pueblo(15) (fs. 5r) ?

Pour répondre à ces questions, il est important de comprendre l’histoire de cette encomienda et de ses Indiens.

B. L’encomienda du pueblo de Copiapo

Pedro de Valdivia, le premier gouverneur du Royaume du Chili, octroya au capitaine Juan Bohon l’encomienda de Copiapo en 1544(16), avant même que les Indiens de la vallée n’aient été pacifiés. C’est à cet endroit qu’il fut exécuté en 1548 par les habitants de la vallée sans qu’il ait pu tirer un quelconque bénéfice des richesses et de la main d’œuvre locale.

L'année suivante, en 1549, à la suite de campagnes successives et infructueuses pour pacifier Copiapo, Valdivia décida d'y envoyer le capitaine Francisco de Aguirre en lui octroyant d’avance l’encomienda de Bohon (Valdivia [1549] 1898:221-222). Valdivia et Aguirre s'accordèrent également par écrit sur le fait que si ce dernier venait à perdre la vie au cours de sa tentative de pacification de Copiapo, son fils Hernando hériterait de cette riche encomienda(17) (Archivo General de Indias(18), Gobierno, Chile, 50, n° 6, 1581). Ainsi Aguirre allait-il bénéficier non seulement de l'encomienda de tous les Indiens de la vallée de Copiapo, mais également de celle des Indiens de Marquesa, dans la vallée d’Elqui, proche des mines d'or d'Andacollo, et qui était auparavant la possession de Pedro de Valdivia. Le texte de Santillan nous informe de la dépendance politique de ce dernier groupe à l’égard des caciques de la vallée de Copiapo. Aguirre devint alors l'homme le plus puissant de toute cette unité administrative qui englobait une grande partie des vallées du Norte Chico(19).

Cette encomienda fut ainsi composée d’Indiens originaires de Copiapo(20) mais pas exclusivement. Durant tout le XVIe siècle les Espagnols menèrent diverses batailles sur différents fronts. L’une d’entre elles fut entreprise à l’encontre des Indiens du sud du royaume du Chili : la Guerre d’Arauco. Pour les soldats, l’un des butins privilégiés était les prisonniers de guerre, les dénommés beliches (du mapudungun beli –guerre– et che –gens–). Ces captifs étaient l’une des énergies motrices du royaume car ils constituaient une main d’œuvre gratuite, corvéable et exploitable à volonté par les colons. Nous ignorons si certains de ces captifs de guerre intégrèrent l’encomienda d’Aguirre à Copiapo. Nous soulevons la question car, d’une part don Francisco Taquia accusa Juan Saxmay d’être un indio mitaio et d’autre part, en raison des ascendants de Juan Saxmay : son père (Juan Tanamilla), sa grand-mère (Constansa Llancamilla) et son arrière-grand-père (Pedro Pilcuntegua) portent des patronymes étrangers à la vallée et originaires du centre et du sud Royaume du Chili (Cortés Larravide 2012). Serait-il possible alors que don Pedro Pilcuntegua se soit retrouvé à Copiapo après avoir été capturé dans les guerres du sud et que par la suite sa lignée s’y soit établie ? Nous l’ignorons. Toutefois, d’autres éléments nous permettent de mieux appréhender l’origine de cette lignée. Dans la littérature coloniale, le patronyme Tanamilla est associé aux territoires habités par les protohistoriques Promaucaes, à proximité de la région de Cachapoal (Guevara [1890] 2000), alors que celui de Llancamilla l’est à celle de Catiray, en Araucanie (Luis de Valdivia [1612], cité par Boccara 1998:111). Enfin, celui de Pilcuntegua est inexistant ; toutefois, Pilcun, qui signifie 'volcan', était un pueblo de indios de la région de Colchagua, un peu plus au sud de Cachapoal (Medina 1882:159). Aguirre fut à partir de 1549 le seul encomendero de la vallée de Copiapo. Or, ce riche et puissant personnage put bénéficier dès 1544 d'une encomienda à Cachapoal et d’une autre à Mapocho (Silva Lezaeta [1904-1907] 1953). Il est donc plausible que les ascendants de Juan Saxmay aient été présents à Copiapo pour avoir été amenés par Francisco de Aguirre ou bien par un de ses héritiers. Alors, l'allégation de don Francisco Taquia selon laquelle Juan Saxmay serait un mitaio prendrait tout son sens. Toutefois, il est également important de signaler que le patronyme Saxmay n’est pas originaire du centre ou du sud du Royaume. Il est déjà cité dans l’encomienda de Copiapo déjà vers 1636 (ANCh. CG, vol. 496, n° 1) alors que les patronymes Pilcuntegua, Llancamilla et Tanamilla ne sont mentionnés que durant ce procès. Nous pensons que Juan Saxmay est vraisemblablement issu d’une lignée originaire du centre du royaume et d’une autre de Copiapo. C’est ce qui lui permet d’avoir été considéré, lui et tous les autres Saxmay, lors des différentes visites effectuées dans la vallée. A ce titre, il constitue un exemple des alliances que nouèrent les différents groupes ethniques au sein de l’encomienda de Copiapo, alliances que les administrations coloniales n’ont pas enregistrées.

C. Les Taquia. Mandones ou caciques ?

La documentation coloniale confirme les allégations de Juan Saxmay concernant le cacique don Francisco Taquia : ce dernier ne descend pas d’un ancien cacique mais d’un sous-chef. Pour quelle raison les juges n’ont-ils pas prêté attention à ses déclarations ?

La lignée des Taquia apparaît pour la première fois dans les documents en 1618 lorsque le cacique de Copiapo, lui-même prénommé don Francisco, rédigea son testament et son codicille (Don Francisco [1618a] 2000, [1618b] 2000). Il déclara alors être marié à doña Francisca, avoir une fille légitime prénommée Maria et vouloir transmettre le caciquat à un certain Alvaro, fils de Francisco Normilla(21) et de sa cousine doña Beatris. Par la même occasion, il affirma que son parent le plus proche était son oncle Francisco Taquiaha, fils naturel, sans préciser qui étaient les parents de ce dernier(22). Selon les déclarations du cacique don Francisco Taquia en 1677, son grand-père possédait le même patronyme (Taquia). Tout porte donc à croire que l’oncle du cacique de Copiapo en 1618 serait le grand-père du cacique de Copiapo en 1677. D’autant que, d’après le témoignage d’une visite effectuée en 1636 (ANCh. CG, vol. 496, n° 1), le seul Taquia de la vallée était le cacique Alonso, père de don Francisco Taquia, cacique en 1677. Pourquoi en 1618 la volonté du cacique don Francisco de transmettre son mandat au fils de sa cousine, Alvaro, n’a-t-elle pas été respectée ? Pourquoi le fils de son oncle assuma-t-il le caciquat ? D’après le testament et le codicille de 1618 et le procès de 1677, ce dernier était lui même l’enfant naturel de Francisco Chamisca. Selon certains actes de vente, Chamisca officiait en tant que mandón au XVIe siècle (ANCh. RA, vol. 2498, n° 19, [1575]1635:fs. 280v ; ANCh. CG, vol. 155, n° 3, [1575] 1633:fs. 62r), c’est-à-dire comme assistant des caciques duaux héritiers des traditions préhispaniques. Nous observons que les affirmations de Juan Saxmay à cet égard s’avèrent donc exactes.

Ce procès dura un an et Juan Saxmay eut le privilège d’être le cacique entre le 15 novembre 1677 et le 24 janvier 1678 à la suite d’une décision en première instance. Alors que la partie plaignante avait fondé son accusation sur l’illégitimité de la lignée Taquia, le contexte permit la mise en œuvre du procès. En effet, don Francisco Taquia s’était retiré avec sa famille dans la vallée de Huasco et avait abandonné les siens à leur sort. Les Indiens vécurent donc probablement cette situation comme une trahison et cherchèrent vraisemblablement un individu susceptible de servir efficacement leurs intérêts. A ce titre, Juan Saxmay était le personnage idéal, issu d’une lignée locale et connaissant ainsi la réalité de Copiapo, et descendant par ailleurs d’une branche de chefs familiarisés avec les pratiques du pouvoir. En outre, sa mère, doña Magdalena, avait pu nouer des contacts privilégiés avec certains colons de la vallée. Quant à l’attitude adoptée par les Espagnols lors du procès, il nous semble qu’ils manipulèrent certainement les Indiens pour asseoir leurs propres intérêts. En effet, le tribunal énonça comme unique condition que Saxmay veillerait à ce que tous les Indiens travaillent à la reconstruction de l’église de la vallée, fortement endommagée par un tremblement de terre, et à l’édification d’une nouvelle église (ANCh. RA, vol. 1763, n° 1:fs. 3v). Le verdict fut-il prononcé pour répondre à des volontés politiques plutôt que pour faire respecter les normes régissant la transmission de la chefferie coloniale ? On peut l’imaginer : d’une part la seule main d’œuvre disponible dans la vallée était celle des Indiens et d’autre part la mère de Juan Saxmay avait tissé avec les colons, notamment avec les autorités religieuses de la vallée, des liens privilégiés lui permettant d’esquisser un avenir prometteur pour son fils.

Au grand regret de Juan Saxmay, la chefferie fut restituée en appel à don Francisco Taquia car celui-ci put attester de ce que son père avait été cacique de Copiapo avant lui. Les différents actes et démarches qui succédèrent à ce procès attestent néanmoins d’une prise de conscience de la part du cacique et de ses successeurs de la charge leur incombant quant à la défense des intérêts de leur communauté. Récupération des terres(23), retour des Indiens ayant été indéfiniment expatriés par les colons espagnols(24) furent autant d’objectifs qui reflétèrent le renouveau de la société autochtone locale et la naissance d’une volonté de se réapproprier une partie du passé et surtout, de l’avenir.

C’est en effet grâce à ce procès que le caciquat de Copiapo cessa d’être une parodie de pouvoir et de représentativité autochtones et devint un moyen efficace pour contrer le pouvoir colonial espagnol.

Conclusion

            Nous avons décidé de nous pencher sur l’évolution de la chefferie à Copiapo à travers ce procès car celui-ci nous permettait de poser un certain nombre de questions portant sur les changements survenus au sein de la chefferie locale durant la période coloniale. Notamment, qu'est-ce qui fit basculer les règles de succession du domaine politique ? La pression hispanique ? La disparition de certains groupes ? La déstructuration ethnique ? L'absence de successeurs légitimes ? Les ambitions personnelles (indiennes et espagnoles) ?

Ce procès constitue le reflet des changements survenus au sein de la société autochtone locale et notamment au sein de sa sphère politique. Il nous a permis de mieux apprécier les dynamiques historiques mises en jeu dans la vallée durant l’époque coloniale : les alliances entre groupes ethniques différents, le regroupement des Indiens au sein d’un même et unique territoire, les intérêts personnels des autorités ethniques et des colons, le changement structurel de la chefferie locale. Toutefois, il est difficile de comprendre les raisons qui provoquèrent les changements au sein de la lignée de la chefferie à Copiapo car les sources font défaut. Nous constatons que le caciquat dual existait encore vers 1573 alors que le caciquat unique était déjà en place en 1618. Si l'on en croit le témoignage de Juan Saxmay, la lignée des Taquia assuma le caciquat de Copiapo à travers le cacique don Alonso, événement qui se produisit avant 1636 car à cette date-là il était déjà en place.

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Notes de fin

(1) A présent ANCh.

(2) A présent RA ; Capitanía General sera quant à elle citée en tant que CG.

(3) La population protohistorique de Copiapo a vraisemblablement été le fruit d’un long processus qui débuta vers les VIIIe-IXe siècles avec l’arrivée d’une population originaire du nord-ouest argentin, suite à la désintégration de Tiwanaku, durant l’Intermédiaire. Cette population a donné naissance à ce que les archéologues dénommèrent la culture Las Animas, cette dernière étant le substrat culturel de la culture Copiapo, qui fut conquise par les Inkas entre les XIVe et XVe siècle.

(4) ANCh. CG, vol. 578, s/n, [1573] 1633:fs. 159v ; ANCh. RA, vol. 2498, n° 19, [1575] 1635:fs. 280v ; ANCh. CG, vol. 155, n° 3, [1575] 1633:fs. 62r ; ANCh. Judicial Copiapó, Leg. 70, n° 3, [1561] 1757:fs. 1r ; ANCh. RA, vol. 1335, n° 16, [1561] 1682:122r.

(5) ANCh. RA, vol. 1763, n° 1. Ce document n’a jamais fait l’objet d’une attention particulière de la part des chercheurs. D’après nos recherches, seuls Sayago ([1874] 1997), Guarda (1978) et Aldunate del Solar (1984) l'ont brièvement évoqué.

(6) Nous indiquons 1551 comme date de référence car même si la vallée connut ultérieurement des tentatives de soulèvement contre les Espagnols, celles-ci n’entraînèrent pas d’affrontements mettant en péril le pouvoir colonial de la région (Ruiz Rodriguez 2005), à l’exception peut-être de celle de novembre 1801 (Cortés Larravide 2011).

(7) Les documents coloniaux citent plusieurs villages et hameaux indigènes (Payatelme, Chañar, Paycandelme, Paygane, Meldata) sans que l’on puisse à ce jour savoir avec certitude à quels sites archéologiques ils correspondent.

(8) Il est difficile d’établir à partir de quel moment cette politique fut mise en place à Copiapo.

(9) Ces rapports ont depuis longtemps été conceptualisés, affinés et discutés par l’ethnohistoire andine. Les modèles de « complémentarité », « économie verticale », « mobilité giratoire » ou bien encore celui d’« interdigitation des populations » peuvent être ponctuellement applicables aux populations de Copiapo. Sur ces modèles, cf. Berenguer 2004 ; Hidalgo 1984 ; Martínez 1998 ; Murra 1972, [1977] 2002 ; Núñez et Dillehay [1979] 1995 ; Saignes 1986.

(10) Les sources coloniales relatives à la vallée de Copiapo sont quantitativement et qualitativement peu importantes. D’une part l’éloignement de la vallée a toujours constitué un frein lorsque les autorités devaient se rendre sur place et rédiger des rapports. D’autre part, comme nous l’avons mentionné auparavant, Copiapo dépendait administrativement de la ville de La Serena depuis l’époque préhispanique. Durant la période coloniale, de nombreux documents légaux, actes de Cabildo, et archives des ordres religieux étaient conservés à La Serena. Or, la ville fut une première fois intégralement détruite, y compris ses archives, par la rébellion indienne du 11 janvier 1549 puis une deuxième fois en décembre 1680 par le flibustier anglais Bartholomew Sharp.

(11) Nous ignorons quel était le système de propriété foncière en vigueur dans la société indigène de Copiapo avant l’arrivée des Espagnols, durant la période de contact et pendant la période coloniale. Toutefois, nous pouvons supposer que la présence dans les documents coloniaux de ventes de terres entreprises par les chefs ethniques et parallèlement l’absence de références sur la participation d’Indiens à titre personnel dans ce type de rapports commerciaux attestent probablement soit d’un système de propriété foncière collectif administré par les chefs, soit d’une société où seuls les chefs auraient eu accès à la propriété foncière.

(12) A présent OC.

(13) Magdalena Saxmay n’est pas la seule indienne qui officiait en tant que marraine lors des baptêmes d’enfants espagnols. En revanche, elle était la seule à le faire de manière régulière alors que les autres Indiens qui réussissaient à tisser des liens extracommunautaires avec des Espagnols lors de cérémonies importantes ne le faisaient qu’une seule fois. En ce sens, Magdalena occupait une place privilégiée et unique dans la société locale.

(14) Le mot cacique est un emprunt à la terminologie antillaise véhiculée par les premiers Espagnols en Amérique. Curaca est le terme emprunté à la tradition andine.

(15)  « un serviteur indien du dit village ». Le terme mitayo a eu diverses acceptions et dérive du terme mit’a. Ce dernier a en premier lieu désigné, durant la période inka, l’apport régulier de la force de travail à l’état inka par une ethnie, sous des rapports empreints de redistribution et de réciprocité (Murra [1983] 2002). Par la suite, durant la période coloniale, mit’a a désigné l’obligation pour les hommes ayant entre 18 et 50 ans d’apporter leur force de travail durant un temps déterminé. Rapidement ce système muta pour désigner le service personnel (Hidalgo et al. [1989] 2004).

(16) La cédula d’encomienda concédée par la capitaine Pedro de Valdivia au capitaine Juan Bohon ne nous est pas parvenue. La première référence à cet octroi date de 1549 (Valdivia [1549] 1898:221).

(17) Selon Santillan, les Indiens de Copiapo auraient été les plus riches de tout le Royaume du Chili (Santillan [1558] 2004:185).

(18) A présent AGI.

(19) Cette encomienda est restée propriété de la lignée des Aguirre jusqu’à l’abolition du système des encomiendas à la fin du XVIIIe siècle.

(20) En se basant sur l’octroi de l’encomienda de Valdivia à Aguirre de 1549, il est difficile d’établir un quelconque lien entre les Indiens de Copiapo et ceux de Marquesa (Elqui). Toutefois, d’après la visite de Santillan de 1558, les Indiens de Marquesa dépendaient de certains caciques de Copiapo. C’est vraisemblablement pour cette raison que Valdivia, encomendero de Marquesa avant 1549, les attribua à Aguirre afin de respecter les ordonnances coloniales qui stipulaient que les groupes autochtones ne pouvaient être divisés. La documentation coloniale ne fournit aucun détail d’intérêt pour expliquer la composition ethnique et l’origine de ce groupe de Marquesa. Cependant, certains éléments issus de travaux archéologiques nous invitent à penser que des groupes de Copiapo auraient résidé à Marquesa avant l’arrivée des Espagnols (Cantarutti, com. per.). Est-ce que ce groupe aurait été présent à Marquesa en raison des politiques inkas en matière de réorganisation ou bien selon des logiques propres aux Indiens de Copiapo ?

(21) Il s’agit, ici, d’un cas de figure représentatif des liens tissés par les différentes communautés ethniques de la vallée. En effet, le patronyme Normilla est également originaire du centre et du sud du Royaume du Chili. De plus, la lignée des Normilla devint durant le XVIIIe siècle celle des mandones.

(22) Les descriptions apportées par le testament et le codicille de don Francisco seront l’objet de futurs travaux car elles font vraisemblablement référence à des rapports et des règles successorales préhispaniques.

(23) ANCh. Notarial Copiapó, vol. 1, 1680 ; ANCh, RA, vol. 1335, n° 16, 1682 ; ANCh. RA, vol. 50, s/n°, 1684.

(24) ANCh. RA, vol. 2467, n° 14, 1685 ; ANCh RA, vol. 2953, n° 1, 1712.

 

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Pour citer cet article:

Cortés Larravide Enrique, « Renaissance d'une société indienne au Royaume du Chili: luttes de pouvoir au sein du caciquat indigène de Copiapo, 1677."», RITA, N°6:  février 2013, mis en ligne le 28 février 2013. Disponible en ligne: http://www.revue-rita.com/notes-de-recherche6/enrique-alberto-cortes-laravide.html

 

 

 

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